Rennes au XIII ème siècle

Posté par LPBSM le 8 mars 2017

 

Bonjour,

Table au XIIe siècle

 Table au XIIIème siècle (même si ça sent un peu trop la reconstitution,  la chandelle nous rappelle que l’électricité n’était pas encore inventée) .

Le fait que le duc Pierre Ier de Bretagne souhaitait faire de Nantes sa capitale, va entraîner plusieurs conséquences :

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« Les Marches de Bretagne », zone tampon entre le royaume capétien et la Bretagne profonde des Comtés .

Rennes qui est le verrou Nord-Est de la marche de Bretagne est confiée à un Sénéchal, puisque le Duc préfère résider à Suscinio  Château de Suscinio vue du ciel  dans la presqu’ïle de Rhuys ; Rennes devient donc vulnérable dans la mesure où ses remparts n’arrivent plus à contenir la nouvelle ville dite « Ville Neuve », qui a fait son extension à l’Est de la « Vieille Cité » .

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 « Vieille Cité » dans l’enceinte Gallo-Romaine

Pire pour ceux qui souhaitent assiéger la « Vielle Cité »,  le confort de l’hébergement et du ravitaillement leurs permet de tenir un siège très confortable en occupant les logements de la « Ville Neuve » qui n’a pas encore de remparts .

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 Extension de la « Ville Neuve » à l’Est de la « Vieille Cité » .

Par exemple, en 1183, Henri II d’Angleterre réagit en envoyant son Armée en Bretagne, contre son fils Geoffroy II duc de Bretagne, et en mettant le siège devant Rennes dont il s’empare facilement en brûlant le château .  Geoffroy qui, allié au roi de France, s’empare alors de Limoges et s’emploie à soulever les barons d’Aquitaine contre leur souverain légitime (Henri II, son propre père) revient à la hâte et, à son tour, met le siège devant Rennes qu’il reprend ainsi que l’abbaye Saint George et reconstruit la ville endommagée .

Un siècle plus tard, il ne reste plus au sénéchal, commandant de la place, qu’a négocier le moins de pillage possible .   Les pillages, qui sont inévitables, peuvent être plus ou moins restreints si l’armée des assaillants a l’intention de poursuivre son itinéraire .

Les lourds chariots, chargés de la récolte de pillages trop abondants, retardent la progression d’une armée en campagne car ils entraînent une lenteur considérable des parcours (10 à 15km par jour tout au plus) sur des chemins défoncés où ils s’embourbent en temps de pluie .  Cela vaut également pour l’intendance et les machines de siège .

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 Chariots accompagnant une armée en campagne .

Pour mieux comprendre la situation qui va opposer le duché de Rennes aux prélats, il faut savoir que dans le siècle précédent, le duc était élu parmi les Comtes de Bretagne qui ont laissés les cures, les chanoines (*) et même les évêques prendre de plus en plus d’importance en disposant de richesses foncières substantielles .

(*) Les Chanoines sont des ecclésiastiques, qui  attachés à une église cathédrale ou collégiale, sont membres du Conseil d’un Evêque .

Ces Ducs de pacotilles qui sont tous Comtes, à tour de rôle, ne souhaitaient qu’engranger leurs dividendes sans se préoccuper des droits que s’octroient indûment les cures qui se basent sur la coutume (usage ancien qui avait force de loi)  ou sur le fait qu’elles étaient de l’ordre de la direction de conscience tout était bon pour transformer en argent ou en biens fonciers les héritages de chaque paroissien en pratiquant des prélèvements abusifs : le « tierçage » (le tiers des biens d’un défunt revenant au curé de la paroisse)  et le « past nuptial » (les jeunes marié étaient obligés de fournir un dîner au curé ou de racheter ce dîner en fournissant une somme d’argent qui était devenue petit à petit démesurée pour l’époque mais elles ne sont qu’en « sols » = en sous) .

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  Les 7 Comtés de Rennes, Nantes, Vannes, Cornouaille, Léon, Guingamp et Penthièvre, auxquels il faut rajouter l’ancien Porhoët constitué à l’Est du Comté de Rennes .

 

En 1226, l’Evêque de Rennes,  Josselin de Montauban (1223-1234) entre en conflit avec le duc Pierre Ier de Bretagne, au sujet d’un projet de construction de nouveaux murs de défense de la ville qui entraineraient la destruction d’églises et de l’aumônerie de l’Hôtel-Dieu soit un préjudice estimé, par lui, à 1.200 livres (somme colossale pour l’époque ; car il a fallu exproprier, dans l’intérêt public, un grand nombre de propriétaires riverains, parmi lesquels figuraient l’évêque et les chanoines pour vous donner une idée par rapport à notre siècle :

http://col71-louisaragon.ac-dijon.fr/IMG/doc_argent_au_XVII_-_2.doc) .

Depuis le début du siècle, la Tour Neuve (l’ancêtre de l’actuel château des Ducs) est en construction et le gros oeuvre sera terminé en 1248 .   L’enceinte Gallo Romaine est restaurée et l’ouvrage, connu plus tard sous le nom de « Vieil Chastel » (qui sera détruit en 1405) avec ses six tours massives reliées entre elles par une coursive, à maintenant l’apparence d’un ouvrage du XIII éme siècle .

 

Plan des Remparts à la fin du XVème siécle

A l’Ouest de la porte Saint Michel (« B ») sur le plan .

Un fossé et une levée de terre « Les Fossés à Gahier » englobent depuis Pierre Ier des faubourgs et des terres de culture (il faut bien assurer le ravitaillement de la Vieille Cité et protéger l’industrie) .

A la fin du Moyen Age,  donc bien après la mort de Pierre Ier, il restait quelques vestiges des « Fossés à Gahier » sur l’actuel Champs de Mars et près de la « Barre Saint-Just » pour vous donner une idée de l’étendue d’une protection minimaliste pour l’époque ; mais …

 

Plan de Rennes en 1792  bis4_6_planforestier_cle0ed618

Sur ce plan de 1792, on voit bien que les anciens remparts de la « Vieille Cité » on été détruits pour laisser place à de nouvelles habitations (la porte Jacquet a disparue) protégées par les nouveaux remparts intégrant les remparts de la « Ville  Neuve » et de la « Nouvelle Ville » qui ne seront réalisés que bien après le décès des deux protagonistes .  En revanche on y voit bien les « boulevards » tout autour des remparts .

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Josselin de Montauban, qui se croit tout-puissant au sein de sa communauté ecclésiastique, n’hésite par à excommunier le Duc et à jeter l’interdit sur le comté de Rennes car le Duc ne veut pas payer .  Josselin obtient quand même du Pape Grégoire IX une bulle pontificale le 19 mars 1227 qui confirme cette excommunication .  Comme les évêques de Tréguier et de Saint-Malo, privé de leurs « temporel » (biens matériels appartenant à l’église y compris le siège épiscopal),  il doit s’exiler hors de Bretagne . 

Sept évêques bretons, soit par liens familiaux, soit par solidarité,  excommunient Pierre Ier et le Pape fait appel contre le Duc au « bras séculier » (puissance de la justice temporelle laïque) en 1228 .  Menacé par une ligue des Barons bretons (qui ont des revanches à prendre), le Duc, qui connaît la musique puisqu’il a été formaté aux arcanes du Prêchi-Prêcha dans les écoles ecclésiastiques, fait la paix avec Rome le 20 mai 1230 .

Puis, habilement, Pierre sollicite l’appui du Saint-Siège pour résoudre le conflit jusqu’à ce que le Pape réussisse à imposer une solution globale en 1234 qui permettra le retour de Josselin sur son siège .  Josselin de Montauban mourut le 30 octobre de cette même année 1234 et ne profita guère de sa confrontation avec le Duc même si un acte de 1234 nous apprend que ce prélat fonde un anniversaire dans les églises de Saint-Pierre, de Saint-Melaine et de Saint-Georges de Rennes, pour être célébré tous les ans, le vendredi avant la Toussaint  .

Extrait modifié pour cause d’inexactitudes de :  https://fr.wikipedia.org/wiki/Josselin_de_Montauban

 

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 Ici, la Tour Duchesne, reste des remparts de la « Vieille Cité » .

Dès 1220, Pierre Judicaël est nommé sénéchal de Rennes (Ses attributions comprenaient les armes, les finances et la justice) .  Il doit en revanche se confronter aux tribunaux ecclésiastiques temporel qui estiment que leurs prérogatives dominent sur le temporel laïque (ducal à l’époque) .  Les tribunaux ecclésiastiques étant considérés comme plus « arrangeants » à l’époque que les tribunaux laïques, plus rigoristes, certains profitent largement de ces laxités .

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Cathédrale Saint-Pierre reconstruite

Au XIIIème siècle, à Rennes, les édifices du culte sont constitués par la cathédrale Saint-Pierre, par l’oratoire du manoir épiscopal de l’église Saint-Sauveur et de trois petites chapelles disséminées à l’intérieur de l’enceinte fortifiée de Rennes : les chapelles Saint-Denis (XIIIème siècle),  Saint-Moran (1224), Saint-Michel (1103) . Notre-Dame de la Cité est cette première église qui servit de cathédrale jusque vers 312 et où l’évêque saint Lunaire dédia l’église à saint Pierre puis qui devint par la suite la cathédrale Saint-Pierre) . 

Saint-Martin des vignes (1231) (*1) qui est située hors les murs (aujourd’hui au niveau du « Castel Saint-Martin » en haut de la rue Saint-Martin) ainsi que l’abbaye de Saint-Mélaine, qui sera pillée plusieurs fois au cours du siècle (*2), n’ont aucune protection .

L’hôpital Saint-Jacques, fondé par le chapitre de Rennes en 1213, et devenu, à la fin du même siècle, « Le couvent des Cordeliers » (voir : http://www.infobretagne.com/rennes-hopital.htm  qui en a retrouvé la trace et les preuves de son existence)  serait situé aujourd’hui sur la place de la Mairie et était donc hors les murs de la « Vieille Cité » .

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 La Chapelle Saint-Yves

A ces édifices, il faudra ajouter plus tard les « Maisons-Dieu » de Sainte-Anne, fondée en 1340, et de l’hôpital Saint-Yves (ou Hôtel-Dieu), fondées au siècle suivant .  C’est en 1358, qu’Eudon Le Bouteiller, prêtre du diocèse de Tréguier, créera l’Hôtel-Dieu .

Bien sûr l’ost royal, en 1230, sous Louis IX alors âgé de moins de seize ans,  part en campagne dans l’Ouest, contre Pierre Ier de Bretagne, qui vient de prêter hommage au roi d’Angleterre en octobre 1229, et contre ses complices, en mettant le siège devant Rennes ; puis repart en Champagne pour y protéger Thibaud  IV de Champagne ; cette ost royal se gardera bien d’organiser des pillages (même s’il a pu advenir certains aléas ;  voir la justification des lourds chariots citée supra) .

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 Pillage d’une ville assiégée (enluminure du XIII éme siècle) .

Car c’est l’augmentation des pillages ravageant les faubourgs de la « Vielle Cité » de façon régulière par des « routiers » qui permettront de 1421 à 1448 de faire que le duc Jean V (1389-1442) puisse enfin finir la construction des remparts entreprise par Guy XII de Laval (ou Jean de Laval, après 1327-21 avril 1412), Baron de Laval et de Vitré, Vicomte de Rennes, de Gavre et d’Acquigny, châtelain du Désert et gouverneur de Bretagne, pour préserver la « Ville Neuve »  et dans la foulée (de 1448-1476) la protection de la « Nouvelle Ville » qui s’est constituée au Sud du bras de la Vilaine .   Le duc François Ier (1414-1450), qui est le fils de Jean V, va assurer le suivi des travaux sur la « Nouvelle Ville » .

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Sceau de François Ier Duc de Bretagne

« En 1449, le duc François Ier prend la décision d’étendre les murs de la ville au sud de la Vilaine. La « Nouvelle Ville » ainsi protégée par les remparts est avant tout un ensemble de terrains malsains et inondables où s’entasse une population modeste. L’intérêt est pourtant réel d’assurer une protection efficace des deux rives du fleuve et de protéger les quartiers industrieux24. En 1473, cette enceinte est à son tour achevée. La ville s’étend alors sur 62 ha et compte environ 13 000 habitants » .

Extrait de :  https://fr.wikipedia.org/wiki/Rennes Le gros problème avec wikipédia c’est qu’il vous annonce la mort de Jean V en 1442   https://fr.wikipedia.org/wiki/Jean_V_de_Bretagne     alors que dans un autre article, cité supra, il est dit mourant en 1399 … !  Idem pour  l’achèvement des remparts de la « Nouvelle Ville » terminés supra en 1473 alors qu’ils sont terminés en 1476 sur un autre article .   Il faut systématiquement vérifier ce qui est produit sur ce site .

Cependant ces fortifications coûtent très cher à la ville qui sera obligée de soulever un nouvel impôt : « le billot » en taxant le commerce des vins pour réaliser la troisième enceinte .

Nous avons abordé le début de ce XIII ème siècle avec le Duc Pierre Ier de Bretagne qui assurera sur la plan vital la moitié du siècle et sur le plan de la notoriété léguera une sorte de modèle ou d’exemple à suivre pour ses successeurs dépassant la fin du siècle .

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J.M. MARTIN pour LPSM

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P.S. : 

Quand d’autres que vous font d’excellents résumés, à quoi bon s’en priver sinon par orgueil mal placé .

 

(*1) « ancienne paroisse de Saint-Martin. — Cette paroisse était appelée au moyen-âge Saint-Martin-des-Vignes , « Sanctus Martinus de Vineis », parce qu’elle se trouvait en dehors de la ville et dans les vignes qui couvraient la campagne de Rennes à l’Orient. Les moines de l’abbaye de Saint-Melaine furent confirmés dans la possession de l’église Saint-Martin, « ecclesiam Sancti Martini quœ in suburbio Redon. constituta est », en 1158 par Josse, archevêque de Tours, en 1170 par Etienne, évêque de Rennes, et en 1185 par le pape Luce III (Cartulaire de l’abbaye Saint-Melaine). En 1329, l’abbé de Saint-Melaine et le clerc Jean Le Barbier, recteur de Saint-Martin, firent un accord devant l’official de Rennes au sujet du droit d’autel. Les moines, qui avaient le patronage de l’église Saint-Martin, y jouissaient des deux tiers des oblations et prémices constituant ce droit (« Duas pertes altelagii in oblationibus, primiciis vellerum, agnorum, lini, canabi atque aliorum ad altalagium spectantium ») ; le recteur, recueillant lui-même l’autre tiers, fut autorisé par eux à recevoir le tout, à condition de payer à l’abbaye une somme de 60 sols monnaie courante, chaque année, aux fêtes de la Pentecôte, ce que promit de faire Jean Le Barbier (Cartulaire de l’abbaye de Saint-Melaine, 211). En 1790, M. Saquet, recteur de Saint-Martin, déclara recevoir des Bénédictins de Saint-Melaine une portion congrue de 500 livres ; il jouissait, en outre, du presbytère et de son jardin. Ce presbytère était situé dans la rue Saint-Martin, près du cimetière, entre le chemin du moulin du Roi et la pièce des Périères. L’abbaye de Saint-Melaine levait les dîmes de la paroisse et possédait en outre, en Saint-Martin, le pré Trublet, la Buanderie et d’autres terres estimées valoir en 1790 environ 1 494 livres de rente (Archives départementales d’Ille-et-Vilaine, 1 V, 26). Lorsque Mgr de Crissé visita l’église de Saint-Martin en 1713, il s’y trouvait cinq prêtres.«

Cet extrait provient  de : http://www.infobretagne.com/rennes.htm 

(*2)  Gervais, abbé de Saint-Melaine mena la construction de l’église romane (1081-1109), dont certaines parties subsistent aujourd’hui : il s’agit du transept et des bases de la tour du clocher .   Dans la première moitié du XIIIe siècle, le carré du transept fut recouvert d’une voûte d’ogives dont le départ est encore actuellement visible .

(*3)  Des « boulevards » qui sont à cette époque dans le langage militaire des terre-pleins bien dégagés autour d’une muraille protégeant les principales portes pour empêcher l’artillerie des assaillants d’arriver à portée des murailles ; ils sont protégées par des bastions avancés de forme ovale, percés de canonnières pour recevoir de l’artillerie à poudre noire destinée à maintenir l’ennemi hors de distance des portes en bois plus fragiles que la muraille .  Après 1460, les portes sont précédées de bastions avancés, doublés de fossés, les « boulevards », en vue de les protéger des coups de boutoir des canons .  Enfin, pour renforcer les murs sont aménagés des « mouenets », fortins bas allongés percés de canonnières pour battre les fossés, ainsi que de « faulces brayes », petits murs dressés sur la contrescarpe des fossés pour gêner l’approche de l’ennemi .

Cette précision est importante car le terme de « boulevard », aujourd’hui, a complètement changé d’acceptation voire de sens par extension de ces zones dégagées qui furent plantées d’arbres, souvent sur ces allées autour des remparts, dès la fin du XVII éme siècle à Paris .

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Rennes :

« Des rues bordées de maisons à pans-de-bois, un châtelet à deux tours couronné de mâchicoulis, des édifices religieux représentatifs de l’art breton entre le XIe et le XVe siècle, tel est le patrimoine du Moyen Age rennais.

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  L’ancienne prison moyenâgeuse, impasse Rallier-du-Baty (*) et  Rue et Place du Champ Jacquet, champ cultivé près de la porte et tour Jacquet de la « Vieille Cité (La Porte dite Jacquet ouvrante sur la Rue de la Bourcerie qui s’appelle à présent la rue des Changes et du Puy du Mesnil) .

(*) Toussaint François Rallier du Baty, Maire de Rennes  (1er août 1665, Rennes – 25 mars 1734, Rennes)

 Remparts à la fin du XVème siéclePlan de Rennes 03

 Sur le premier plan, la Porte Jacquet est désignée par la lettre « C » ; sur le plan suivant dit plan Hévin de 1685, plus détaillé, la porte Jacquet se trouve sous la  Tour dite « de derrière St. James » (ou Saint Jacques en français donc de la Porte Jacquet) où était l’Horloge offerte par François II (1435-1488, duc de Bretagne ; nous sommes sous Louis XI en France) et désignée par la lettre « Q » sur ce plan .

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 Ce plan est conservé aux Archives municipales de Rennes et consultable sur leur site (cote 1FI43) .

Pour le toponyme « Porte Jacquet » , il se pourrait que cette porte ait été nommée ainsi par l’habitude qu’avaient les pèlerins de Saint-Jacques de Compostelle de l’emprunter .

 

Le seul témoignage de l’époque romane est donné dans l’ancienne abbaye bénédictine (Notre-Dame-en-) Saint-Melaine par une croisée du transept et une tour-porche à voûte d’entrée et arcs latéraux romans. Le gothique s’y exprime par un chœur conventuel très important et les fenêtres hautes de la nef.

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 La Pro-cathédrale de Saint-Mélaine sur toute sa longueur et son fronton (« Pro-cathédrale » car elle a servi de cathédrale durant l’une des réfections de Saint-Pierre) .

La chapelle Saint-Yves (autrefois attenante à l’hôpital du même nom) allie décor flamboyant et finesse ligérienne sculptée dans le tuffeau. Elle accueille l’exposition permanente « Rennes, ville d’Art et d’Histoire » (dès décembre 1997).

De l’installation des ordres mendiants perdurent le couvent des jacobins fondé au XIVe siècle, l’escalier à pans-de-bois, souvenir des carmes, au sud de la Vilaine (rue Vasselot)

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 l’escalier de la rue Vasselot

L’église Saint-Germain, encore appelée église des marchands merciers de la ville et le retable gothique anversois présenté dans la cathédrale Saint-Pierre témoignent de la prospérité économique des XIVe et XVe siècles.

Rennes a conservé de son enceinte édifiée au IIIe siècle et reprise au XVe siècle, la muraille qui conduit de la croix de la Mission aux portes Mordelaises. Ses portes piétonnes et charretière, encadrées de deux tours, sont pourvues d’un « boulevard » (*3 voir supra) et d’un pont-levis en cours de reconstruction. En ce lieu, évêque et ducs devaient, avant d’être investis, jurer « de défendre les droits et privilèges de la Bretagne. »

 

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 Les Portes Mordelaises arrière et pont levis avec mâchicoulis reste des remparts de la « Vieille Cité » .

35-rennes-portes-mordelaises-22  35-rennes-portes-mordelaises-6 mâchicoulis

 

Du fait de la présence de forêts autour de la ville, la tradition médiévale de la construction du pan-de-bois, caractérisée par robustesse, solidité et qualité de mise en œuvre, se prolonge au-delà des limites du Moyen Age. Aujourd’hui restaurées, ces maisons sont empreintes de beaucoup de charme (rues du Chapitre, de la Psalette)… »

planr-rue-du-chapitre-rennes-20292  rue du Chapitre 01

Rue du Chapitre, ci-dessus et ci-dessous, première image (Chapitre : Assemblée locale que les chanoines d’une cathédrale, ou les moines d’une abbaye, tiennent pour traiter de leurs affaires) .  La seconde image ci-dessous correspond à des hôtels particuliers du XVII éme siècle situés Place des Lices .

Rue du Chapitre 02place des Lices 01

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rue de la Psalette 02  Rennes_12_rue_de_la_psalette

 Rue de la Psalette, ci-dessus, (Du latin « psallere » = « chanter des psaumes » avec le suffixe : « ette » qui correspondrait à l’école de musique, attachée à une église, où l’on forme les enfants de choeur .

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Maisons à pans de bois rue des Dames et Place Rallier du Baty

L’extrait de :  http://www.vpah.culture.fr/bretagne/siecle/f-moyen.htm    est en écriture noire ; mes nombreux rajouts illustratifs en écriture bleue .

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Le faux Mauclerc …

Posté par LPBSM le 12 février 2017

Bonjour,

Pour expliciter ce titre qui devrait vous surprendre puisqu’en juin 1230 sur l’acte par lequel les barons français déclarent Pierre « Mauclerc » coupable de forfaiture envers le roi Louis IX, acte par lequel on lui retire son fief et délie ses vassaux bretons du serment de fidélité qu’ils lui ont prêté, il est bien désigné nommément comme « Mauclerc » .

 

 Acte de juin 1930 de forfaiture 01

Même si le roi Louis IX (Saint-Louis qui a alors 20 ans) commence à en avoir plus qu’assez de ce vassal qui retourne sa veste pour récupérer l’honneur de Richmond qui rapportait entre 1011 et 1354 livres, ce qui dépassait de loin le rapport qu’arrivait péniblement à engranger le duché de Bretagne, et qui a essayé de récupérer par quatre fois son tutorat durant le régence de sa mère (Blanche de Castille), le terme « Mauclerc » par le rapporteur « escrivain » peut vouloir qualifier quelqu’un qui avait été désigné pour la prêtrise et qui n’avait pas suivi le cursus qu’on voulait lui imposer en tant que cadet mais qui avait été détourné de cette voie ecclésiastique par Philippe Auguste .  La connotation de « Mauvais Clerc » soulignant son opposition au clergé ne sera vraiment introduite que cent ans plus tard … (sans risque) par un moine copiste (*1) .

Il se peut également que le copiste qui rédige la charte à Ancenis, sous l’oeil exercé du roi de France et de ses barons, ait été encouragé à écrire « Mauclerc » à cause de la rancune du jeune Louis IX qui aurait souhaité exploiter les déboires de Pierre avec les évêques de son duché et au-delà, puisque qu’en 1218 l’interdit papal est proclamé sur tout le duché sous forme d’excommunication .  Or Louis IX ne l’ignore pas .

Cependant, même si ce qualificatif est inscrit sur ce parchemin, ce n’est pas encore le surnom qu’on lui attribue à son époque .  Son changement de vassalité en trahissant la cause capétienne pour se mettre sous la houlette du roi d’Angleterre est beaucoup plus marquant .  Au passage Pierre récupère provisoirement « l’honneur de Richmond » .

Mais il est vrai que « l’honneur de Richmond » a toujours et sera encore pendant longtemps une revendication de chaque duc breton .

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Alain LEROUX (1040-1093)

Pour vous donner une idée adaptée à notre époque, Alain le Roux possédait 440 seigneuries, en Grande Bretagne et en valeur actuelle, sa fortune serait de 117 milliards d’euros .

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Richmond 01

Le château de Richmond avec sa tour en pierres et son étendue .

Voilà ce que représentait « l’honneur de Richmond » en monnaie sonnante  dont vous comprendrez aisément l’attrait .   Ces 440 seigneuries lui avaient été attribuées en dédommagement de l’aide apportée par les barons bretons à la conquête du royaume d’Angleterre par Guillaume Le Conquérant (devenu roi) .  Le château sera construit postérieurement par Alain Leroux afin d’éviter d’éventuelles révoltes de ses seigneuries .

Cependant, ce n’est pas au moment de sa splendeur (sous le règne de Philippe Auguste) que Pierre Ier de Dreux aurait été traité de « Mauclerc » … la réponse aurait sans doute été plus que cinglante (voire sanglante) .

Elevé à la cour de Philippe II dit Auguste, Pierre, avec son frère ainé (qui deviendra le comte Robert III de Dreux) et le fils de Philippe Auguste, Louis (qui deviendra le roi Louis VIII le Lion), avait subi l’enseignement que Philippe souhaitait transmettre, et plus spécialement le regroupement des terres qui, si elles sont confiées provisoirement à des vassaux, ne doivent en aucun cas figurer dans leur héritage .

Certains pensent que pendant 25 ans de règne, Pierre de DREUX n’eut qu’une idée fixe :  s’aménager une confortable retraite en épousant une héritière qui lui permettrait de devenir l’un des principaux barons du royaume [en cherchant à épouser la comtesse Jeanne de Flandre, par exemple ; mais Louis VIII s’y opposera se sentant pris au piège par le nord (la Flandre) et par l’Ouest (la Bretagne) au cas ou son vassal et copain d’enseignement changerait d’avis] alors que les rêves de Pierre le menaient à accéder à la royauté car son statut de baillistre ne lui permettant plus de conserver le pouvoir du comté breton au-delà de la majorité de son fils en 1237 ; en revanche, sa lignée lui permettait d’espérer un accident dans la lignée royale de la branche aînée .

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Blason et couronne ducale de Pierre Ier

Il faut préciser qu’il fut vraiment amoureux d’Alix de Bretagne (ce qui était assez rare à l’époque car il a 26 ans quand il l’épouse et elle n’en a que 11) et que le décès de cette dernière (le 21 octobre 1221), en le privant de sa légitimité de duc (c’est elle qui portait le titre de duchesse) et en la transformant en bail (d’où le terme de « baillistre » : une sorte de « régence » ducale), a été un réel bouleversement dans ses ambitions mais également dans sa vie privée .  Il sait que son fils deviendra majeur en 1237 et que son temps est compté .

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Pierre de Dreux  (1187 † 1250) et Alix de Thouars (1203-1221)

La maison capétienne de Dreux était la maison la plus proche de la branche aînée ; elle venait dans l’ordre successoral immédiatement à sa suite .  La proximité de ces collatéraux à un possible mais hypothétique accès à la couronne leur conférait un prestige que les richesses de leur « pauvre » domaine ne leur auraient jamais alloué .

A la mort de Louis VIII (le 8 novembre 1226 de dysenterie), Pierre essaya d’enlever le pouvoir à Blanche de Castille (1188-1252 ; l’épouse de Louis VIII), pour gouverner le royaume pendant la minorité de son fils, Louis IX .  Dans ce dessein, il fit alliance avec quelques seigneurs français ; mais Blanche de Castille gagna l’atermoiement du duc de Bretagne en lui offrant de sérieux avantages, aussi bien territoriaux que financiers, qu’il obtint sans combattre les partisans de Catherine et l’ost royale .  Catherine, afin de pouvoir faire patienter les ambitions de celui qui devenait et deviendra encore par trois fois ouvertement son rival jusqu’à la majorité de son fils, pratiqua une politique de retardement des conflits  ; ce qui lui permettra de prendre sa revanche par la suite .

A cette occasion, parlons des conceptions médicales de l’époque :

Quand Louis VIII sur le chemin du retour vers Paris, après avoir conquis Avignon en trois mois, Nîmes, Castres, Carcassonne et Albi, est frappé, comme beaucoup d’hommes de son armée par la dysenterie, s’alite en Auvergne à Montpensier ; ses médecins désorientés ne trouvent pas mieux que de lui proposer de coucher avec une jeune fille vierge car ils estiment qu’il a été privé de relations sexuelles et que les longs mois d’abstinence de Louis VIII durant le siège d’Avignon ont très certainement déréglé sa santé . 

Cela peut paraître étrange à notre époque mais l’activité sexuelle avec les nombreuses maîtresses d’un monarque sont considérées comme le gage d’une santé robuste .  Ils estiment donc que cette maladie est due à la trop grande fidélité du roi envers son épouse, Blanche de Castille . 

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Ici Louis VIII refuse de coucher avec une vierge pour guérir ; il préfère encore mourir que de brûler en Enfer pour avoir commis le pêché mortel d’adultère .

Pierre avait accepté de prêter l’hommage le 27 janvier 1213,  ce que les ducs bretons avaient toujours refusés au roi de France, et il ne dérogera pas à cette fidélité tant que Philippe Auguste sera roi (pendant 43 ans de règne) . Il le renouvellera avec Louis VIII jusqu’à ce que celui-ci lui refuse son mariage avec la comtesse de Flandre et il commencera à échafauder un plan « B » .

Le conflit avec l’évêché de Nantes portait sur la perception des taxes ecclésiastiques et sur les relations avec les excommuniés .  Sur ce dernier point Pierre de Dreux se moquait des censures de l’Eglise séculière ; il admettait les excommuniés à sa cour et devant ses tribunaux pour obtenir que leurs droits soient respectés .

L’évêque de Nantes (Étienne de La Bruyère, 1213-1227)  excommunira Pierre Ier  qui ne fit la paix avec lui que pour réprimer une révolte de seigneurs bretons, appuyée par des seigneurs français .  Ceux-ci s’emparèrent de Châteaubriant, pillèrent et incendièrent le pays d’affreuse façon (en 1221) .  Cette invasion « française » fit grouper autour du duc de Bretagne la plupart de ses grands vassaux, et les deux armées se rencontrèrent près de Béré le 3 mars 1223 . 

Châteaubriant situation générale 01 Béré 01

Sur la pemière image on voit la situation de la ville de Châteaubriant entre Rennes au Nord et Nantes au Sud ; sur la seconde image on voit que la ville a englobé aujourd’hui le village de Brécé .

L’armée des « Français », qui était composée de seigneurs souhaitant agrandir leurs fiefs, avait pour force principale une nombreuse cavalerie qui manoeuvra difficilement dans les vignes .  Le duc de Bretagne avait au contraire une foultitude de « gens de pied », fournis par les milices paroissiales, et habiles à se servir de l’arc . La déroute des Français fut complète .  Cette victoire eut un grand retentissement dans tout le duché .

Elle galvanisa le duc qui reprit la lutte contre le pouvoir considérable qu’avait pris l’habitude de s’octroyer l’Eglise séculière (entre 1203 et 1213, barons et évêques avaient pu profiter du quasi-vide laissé par le pouvoir ducal pour s’attribuer de nouvelles prérogatives) avec l’aide de la noblesse qui jalousait les privilèges du clergé (ceux acquis par leurs cadets) .

Sept évêques bretons l’excommunièrent avec tous ses partisans .  Pour toute réponse, le duc s’empara de leurs biens temporels et les chassa de Bretagne (*2) . 

Le pape Honorius III (1216 à 1227) après avoir tenté une médiation mit alors un interdit sur tout le duché, le 7 décembre 1218 ; excommunication confirmée par les archevêques de Sens, de Tours, de Bourges et de Rouen mais pas par celle de l’archevêque de Reims : Henri de Dreux décédé en 1240 (les Dreux, Robert II comte de 1188 à 1218 et Yolande de Coucy v. 1164 † 1222, eurent 12 enfants) .  Le frère de Robert II, Philippe de Dreux et évêque de Beauvais, plus à l’aise dans le maniement de la masse d’arme que de la Bible avait combattu aux côté de Philippe Auguste contre les frères Plantagenêts (Richard Coeur de Lion et Jean sans Terre) .

L’excommunication signifiait qu’aucune messe, qu’aucun enterrement et qu’aucun mariage ne pouvaient plus être reconnus et célébrés dans tout le duché .  Même si cette suppression de la vie religieuse jeta une grande consternation parmi la population, Pierre ne s’en inquiéta pas car l’excommunication était, en pratique, longue à mettre en place (internet n’existait pas), d’autant plus que Pierre continuait à temporiser en feignant d’ignorer ces diverses excommunications .  Mais, sentant le vent tourner, car la pression papale devenait trop forte, il accepta de se croiser contre les Albigeois (il était au siège d’Avignon aux côtés du roi Louis VIII qui prend la croix en janvier 1226) ; ce qui lui octroya un sursis de trois ans par indulgence papale .

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Honorius III en fin de vie

Mais, il ne vous aura pas échappé qu’Honorius III décède en 1227 et qu’il est remplacé par Grégoire IX qui est beaucoup plus draconien sur les principes (il a été avocat avant d’être nommé pape) et Pierre sera contraint d’implorer l’absolution et la levée de l’excommunication en faisant pénitence le 30 mai 1230, malgré sa participation à la croisade .

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Grégoire IX le successeur d’Honorius III encore jeune et vigoureux

Pierre  après cet incident forma une nouvelle ligue contre Blanche de Castille (Le 29 novembre 1226 Louis IX est sacré à Reims et Blanche de Castille prend la Régence jusqu’en 1236) .  Mais, battu par l’armée royale, il dut faire amende honorable pour éviter l’invasion de la Bretagne par les troupes royales (en 1229) . 

Déjà le plan « B », longuement élaboré puisqu’il avait songé à marier sa fille Yolande de Bretagne (1218-1272) au roi d’Angleterre Henti III (1207-1272) avait été envisagé dès le 19 octobre 1226 .   En octobre 1229, la rupture est consommée, lorsqu’il fait hommage pour le duché de Bretagne au roi Henri III d’Angleterre à Portsmouth .

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Henri III d’Angleterre (1207-1272)

Fils de jean sans terre, il n’avait que 9 ans lorsqu’il succéda à son père, en 1216 .  La régence fut confiée au duc de Pembroke, qui sut rattacher au jeune prince les barons révoltés contre son père et éloigner son compétiteur, Louis de France (qui deviendra par la suite Louis VIII) .

Le roi d’Angleterre intervient bien en France à partir du 3 mai 1230 et débarque à Saint-Malo où il est reçu avec les honneurs ; puis il fait une pause à Dinan (au château d’un de ses vassaux, 2éme comte de Pembrocke, Guillaume le MARECHAL dit Le Jeune † 1231; à cette occasion Henri III fustige Richard le MARECHAL, frère de Guillaume, qui s’attire ses foudres quand il refuse de renoncer au serment d’allégeance qu’il a fait au roi français)   avant de rejoindre les troupes de Pierre à Nantes .  Il demande même à une petite armée de remonter de son fief de Guyenne vers Nantes en traversant le Poitou .  Le principal but de l’expédition étant de voir Pierre monter sur le trône de France car il lui a promis de lui accorder la Normandie redevenue capétienne  .

Cependant Henri III, lâché par les barons poitevins qui se sont ralliés à Louis IX dont l’armée est aux portes de Nantes, juge plus prudent de se ré-embarquer le 28 octobre 1230, sans avoir osé combattre,  et en ne laissant qu’une troupe de 1500 hommes à son nouveau vassal .

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Malgré le départ de l’armée anglaise, Pierre continua la lutte .  Une trêve conclue pour 3 ans en 1231 ne fut pas respectée par le duc .  Aussi, en 1234, Louis IX se décida à en finir avec lui .  Il s’empara de Champtoceaux, d’Oudon, de Châteaubriant et d’Ancenis (en face de Champtoceaux) .  N’ayant pu obtenir de secours des Anglais, Pierre se soumit « haut et bas » à son suzerain qui lui laissa l’administration du duché jusqu’à la majorité de son fils, et la réconciliation cette fois fut complète .  C’est à Ancenis que fut rédigée l’acte mis en tête de cet article .

Ancenis - Champtoceaux 01

L’hostilité de Pierre ne s’est jamais effectuée vis-à-vis du clergé régulier (soumis à une règle de vie, telle que celle des moines)  mais contre le clergé séculier (qui regroupe donc les prêtres en paroisse, les diacres, les évêques, les cardinaux, etc… qui ne respectent pas une règle, ne prononçant aucun vœu de célibat (ce qui signifie de ne pas vivre en couple amoureux) et d’obéissance (à l’Église, par l’intermédiaire de chaque supérieur hiérarchique) et qui, en plus, pratique des prélèvements abusifs : le « tierçage » (le tiers des biens d’un défunt revenant au curé de la paroisse)  et le « past nuptial » (les jeunes marié étaient obligés de fournir un dîner au curé ou de racheter ce dîner en fournissant une somme d’argent) .

 cathédrale de Chartres 01 Cathédrale de Chartres 02

Cathédrale de Chartres

Maintenant pour donner le coup de grâce au surnom de « Mauclerc », il suffit de se rendre à la cathédrale de Chartres où, sur les lancettes de la Rosace Sud, on peut voir sur les vitraux les représentations des généreux donateurs qui représentent Alix de Thouars et Pierre Ier ainsi que leur écu :

ROSE SUD Chartres  lancettes-evangelistes-2204c vitraux Chertres

Alix et Pierre situation 01 bis

Alix_de_Thouars_Chartres  Blason de la Rosace Sud 01Pierre 1er représenté sur un vitrail de la cathédrale de Chartres  01

D’autres donateurs auront leur vitrail dans les lancettes Nord, et Ouest sur les 172 vitraux :

299px-Chartres_-_Vitrail_-_Charpentier 261px-Chartres_-_Vitrail_de_l'histoire_de_la_vie_de_saint_Jacques_le_Majeur_-_Drapiers

La confrérie des charpentiers et des drapiers donateurs

Il semble évident que si Pierre avait été considéré comme « Mauclerc », à son époque, les vitraux n’auraient jamais été apposés dans cette cathédrale . 

D’autre part, il est à noter que pas une fois Guillaume de Nangis et Joinville, les deux grands chroniqueurs du XIIIème siècle, n’utiliseront le surnom de « Mauclerc » pour parler de Pierre Ier de Bretagne .

J’espère qu’il est maintenant clair pour vous que le surnom de « Mauclerc » ne lui a jamais été attribué de son vivant comme surnom .

Même si je n’ai pas respecté la chronologie en privilégiant l’évolution psychologique de Pierre Ier de Bretagne, j’espère que cet article apportera un petit plus à ceux déjà produits sur le sujet .

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J.M. MARTIN  pour LPSM

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P.S. :

(*1)  Les moines vivaient en autarcie dans leurs monastères au XIIème – XIIIème siècle .  Plusieurs choisissaient de s’occuper du jardin ou du potager, d’autres des vignes, d’autres encore de la copie de la Bible sur vélin (peau de veau préparée, plus fine que le parchemin ordinaire) ; c’étaient les copistes qui préparaient chaque page avec de belles enluminures plus ou moins abondantes selon le prix des Bibles (il en fallait pour toutes les bourses) .

Je pense qu’il est inutile de vous préciser que l’acquisition de ces Bibles valait fort cher et que seule la noblesse et la grande bourgeoisie pouvaient se les offrir .

Pour acheter ces vélins chaque monastère possède un frère « procureur » ou « cellérier-intendant »  (celui qui tient le cellier), une charge de la plus haute importance à une époque où les monastères possèdent de vastes domaines d’où ils tirent toutes sortes de produits dont les surplus sont destinés à la vente .  Avec l’argent obtenu de ces ventes, on achète les vélins qu’on revend sous forme de Bibles .

Mais vers 1200, Philippe Auguste crée l’université de Paris avec la charte par laquelle il accorde à ses membres le privilège d’être jugé par un tribunal ecclésiastique et non civil (on s’arrange beaucoup mieux avec le tribunal ecclésiastique à l’époque qu’avec le tribunal civil) .  Peu après est créée l’Université de Toulouse sur le même modèle .   La demande en livres devient de plus en plus importante et les copistes ne suffisent plus à assurer l’intendance si bien que des clercs et même des laïques vont devoir assumer le travail .

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Bible de Gutenberg

En 1450 Gutenberg, Fust et Schöffer créent l’imprimerie et ils publient leur Bible sur papier [le papier apparaît dans le sud de la France au milieu du XIIIéme siècle  (aux archives de Marseille, est conservé le registre de minutes du notaire Giraud Amalric, qui date de 1248 et est écrit sur support papier) .  Il n’arrive dans le nord de la France qu’au milieu du XIVème siècle vers Troyes .  La première fabrique de papier en Europe, est située à Xàtiva près de Valence en Espagne, et date d’environ 1150 .  Le papier est alors une richesse rare et des édits sur le recyclage du papier sont même prononcés .  On y incorpore alors des vieux chiffons qui prennent vite de la valeur, d’où l’expression « se battre comme des chiffonniers »] .

Cependant ce n’est qu’en 1463, une date où l’imprimerie n’existe pas encore en France, que les imprimeurs du Saint Empire Romain germanique s’installeront à Paris (Gutenberg est natif de Mayence) et diviseront l’achat du livre par dix, dans un premier temps, puis par vingt, cinquante et même cent ; par la suite (la Sorbonne https://fr.wikipedia.org/wiki/Universit%C3%A9   et    http://paris-atlas-historique.fr/18.html   du Paris de l’époque en sera grande consommatrice) .

Sorbonne au XIII éme siècle 01

La Sorbonne au XIIIéme siècle

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(*2)  Si vous souhaitez en savoir plus :  https://books.google.fr/books?id=1KJfAAAAcAAJ&pg=PA91&lpg=PA91&dq=past+nuptial&source=bl&ots=fXPL8XRKup&sig=-rrhpPCvuEKqMx3s58cDjzsRovc&hl=fr&sa=X&ved=0ahUKEwi3kPzThI_SAhXDtxQKHTuIDE4Q6AEIRzAG#v=onepage&q=past%20nuptial&f=false

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Pour ceux qui souhaitent avoir des informations plus pointues sur Pierre Ier de Bretagne, je vous conseille le site de :   http://www.persee.fr/doc/abpo_0003-391x_1949_num_56_1_1873   qui est long à lire et sans aucune enluminure … !

 

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La place Saint-Germain au XIIIème siècle

Posté par LPBSM le 3 octobre 2016

Bonjour,

Un résumé datant du 7 mars 2015 sur les fouilles de l’INRAP a été mis sur le blog du quartier centre :

Fouilles 01 mars 2016

Place Saint-Germain

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http://place-saint-germain-rennes.blogspot.fr/2015/03/premier-bilan-des-fouilles-de-linrap_7.html

 

Puit fabriqué avec deux tonneaux et son seau de puisage

Puits fabriqué à l’aide de deux tonneaux et son seau de puisage .

 

Il est a regretter plusieurs choses sur cet article :

  • D’une part, l’absence d’une carte des anciens remparts qui aurait mis en exergue que les tanneries du XIIIème siècle et les ateliers de cordonneries annexes se trouvaient « hors les murs » (comme on le retrouve au XIX ème siècle avec les tanneries LE BASTARD et PINAULT, au pont Saint-Martin, au bas de « la rue haute » (*1) et jouxtant « la rue basse »(*2)) .

déchets de cuir

Semelles de cuir retrouvées sur place .

 

  • D’autre part, l’impossibilité de laisser un commentaire alors que le blog semble le proposer …  cela laisse une désagréable impression d’un article juste créé pour se faire valoir !   Dommage, car l’INRAP a réalisé un excellent travail que j’éprouve le besoin de relayer ici .

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J.M. MARTIN pour LPSM

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P.S. :

(*1) La « rue haute » correspond à la partie de la rue de Saint-Malo qui part du pont Saint-Martin et qui va jusqu’à la place Sainte-Anne .

(*2)  La « rue basse » correspond aujourd’hui à la rue de Dinan .

 

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Pierre Ier de Dreux – Ier Duc Capétien de Bretagne de 1213 à 1237

Posté par LPBSM le 23 septembre 2016

Bonjour,

 

Attention !  La lecture de cet article est particulièrement pénible … j’aurais presque dû dire rebutante pour certains lecteurs ; mais, si je ne vous donne pas les clefs qui vont vous permettre de comprendre l’intrication du jeu des héritages, il me sera difficile de vous expliquer, ensuite, les motivations de chacun des protagonistes en ce tout début du XIII ème siècle .  Donc, même s’il est difficile à lire, en retenant toutes les interférences de chaque « grandes familles »,  il est nécessaire pour bien comprendre la suite .   Désolé …. !

 

vue d'ensemble 01

Ici, le château de Suscinio tel qu’il était au XVème siècle ; le manoir fortifié construit par Pierre Ier  est presque totalement détruit aujourd’hui .   Pour plus de précisions sur le château :

http://lepetitsaintmartin.unblog.fr/2014/07/16/le-xiiieme-siecle-en-vancances/

Vous avez certainement lu sur d’autres sites que les grands barons bretons élisaient leur Duc ; cette simple phrase pose déjà un problème .

Si on s’en réfère à l’instauration de la hiérarchie nobiliaire (hiérarchie qui changera très peu en 500 ans d’existence) :

La hiérarchie de la noblesse

  • Prince
  • Duc
  • Marquis
  • Comte
  • Vicomte
  • Baron
  • Chevalier
  • Ecuyer

 Et qui est directement issue de l’impossibilité d’assurer la sécurité dans un empire aussi important que l’était celui de Charlemagne ; le système féodal va se mettre peu à peu en place afin d’assurer une organisation administrative locale sous la responsabilité d’un vassal pour permettre au commerce de refleurir et de décentraliser le pouvoir sur des territoires ingérables par le système centralisateur représenté par l’empereur .

Les routes étaient redevenues fréquentables mais il était quand même risqué de s’aventurer dans les forêts où régnaient les détrousseurs de voyageurs .  

 Les Comtes (gérant un comté comportant souvent plusieurs forteresses) déléguaient donc leur pouvoirs à des baillistres qui ne géraient théoriquement une ville que durant la durée du bail (une sorte de CDD) ; cependant dans les campagnes (qui étaient de moindre importances sur le plan financier, sauf pour les récoltes) des vassaux (Vicomte et barons) géraient pour le compte du Comte ce qui lui permettait d’assurer son train de vie et surtout l’approvisionnement des villes afin d’éviter les révoltes .

Mais alors pourquoi lisez vous « les grands barons » ?

Tout simplement parce qu’au début du XIIIème siècle, tous ceux qui ont un petit pouvoir se font appeler indifféremment « Sire », « Monseigneur », « votre principauté » (évoquant le titre de prince), etc … et on appelle « les grands barons » ceux qui se réunissent pour élire le duc de Bretagne tout simplement parce que certains barons sont plus riches, financièrement parlant, que leur théorique hiérarque ne pensant plus qu’à la chasse plutôt qu’au remplissage des caisses du Comté .

Mais qui est Pierre de Dreux et d’où vient-il ?

Louis VI le gros (Louis VI, dit « le Gros » ou « le Batailleur », né le 1er décembre 1081 à Paris et mort le 1er août 1137 au château de Béhtisy-Saint-Pierre .   Il est devenu roi des Francs de juillet 1108 jusqu’au mois d’août 1137 (5ème roi de la dynastie des Capétiens directs) .  

Comme il séjournait souvent à Dreux, il accorda vers 1136 les immunités et privilèges dits droits de commune à Dreux et il donna à l’un de ses fils le comté de Dreux .  Ce fut la longue lignée des comtes de Dreux qui pour certains participèrent aux Croisades .  Robert II de Dreux combattit auprès de Philippe Auguste à la Bataille de Bouvines qui chassa pour une centaine d’années les Anglais de France .

Acendance de Pierre Ier 01

Pierre de Dreux est donc le fils de Robert II « Le jeune » et est élevé (ce qui est très rare) à la cour de Philippe Auguste (1180-1223) avec le fils du roi, Louis, qui deviendra Louis VIII .  Son frère aîné Robert (qui deviendra Robert III de Dreux) est élevé également à la cour du roi mais Pierre (comme tout cadet) est destiné à la « prêtrise » (en général c’était plus au titre d’évêque qu’ils étaient destinés et les cadets des « grandes familles » essayaient de prendre leur revanche sur leurs aînés en leur imposant des contraintes moralisatrices dès qu’ils le pouvaient) .

Pierre, en tant que cadet destiné à l’Eglise était donc exclu du titre et dut croiser son blason lorsque Philippe Auguste lui offrit la possibilité, inespérée dans sa position, de devenir « duc de Bretagne » en le mariant à une enfant de 11 ans (il en a 26 à l’époque …) et il appose l’hermine sur le blason des « DREUX » (il le croise) parce qu’elle était le symbole de l’évêque ou de la future destinée qu’on lui imposait .

En armant Pierre de Dreux chevalier dès la pentecôte 1209, dans le castrum de Compiègne  le 17 mai 1209 (ainsi que son propre fils et d’autres jeunes seigneurs dont le frère aîné de Pierre : Robert) (*1), alors que cette même année un accord est conclu entre Guy de THOUARS Comte de Poher et le Comte Alain Ier d’Avaugour pour fiancer leurs héritiers respectifs (Alix de Thouars et Henri II d’Avaugour) sous l’égide de Philippe Auguste, on ne peux pas imaginer que les futurs desseins de Phillippe soit de ne pas déjà penser à se débarrasser de la menace bretonne en y plaçant un homme « lige » (« lige » signifiant « à sa botte ») .

(*1)  Le 17 mai 1209, à Compiègne, Philippe Auguste adouba son fils, le prince Louis, futur Louis VIII, mais aussi Robert et Pierre de Dreux, avec une centaine d’autres nobles (J. LEVRON, Pierre Mauclerc, Paris, 1935 et G. SIVERY, Louis VIII, 1995, p. 80 ; Guillaume LE BRETON, op. cit., p. 82 ; Chroniques de Saint-Bertin, dans R.H.F., t. XVII, p. 82 ; C. PETIT-DUTALLIS, Etude sur la vie et le règne de Louis VIII , Paris, 1894, p. 11-12 ) .

A posteriori, il pourrait sembler évident que Philippe Auguste ayant misé, en fin stratège politique, sur la mort et l’incapacité à répondre du prétendant Henri II d’Avaugour qui n’a que 7 ans lors de la mort de son père, et avait prévu,  dès 1209, ce qui se passera le 27 janvier 1213 quand il fiancera Pierre de Dreux à Alix de Thouars même si ce mariage n’aura lieu qu’en début 1214 ; mais je ne pense pas qu’il ait pu prévoir tout cela à cette époque ; il n’a fait que de s’adapter aux circonstances .

Pour bien comprendre les habitudes des grands barons bretons qui élisaient leur duc ayant une alliance ou provenant en lien direct de la famille du Poher, je vais vous fournir deux cartes très explicatives qui vous en dirons plus que les longs écrits :

Bro-Gernev 1er Comte 1008-1019 Carte des composantes et des pays des grands Comtés de Bretagne

Vous voyez sur cette carte que le Poher correspond en réalité au contrôle de toute la Cornouaille .

Mais alors pourquoi Philippe accepte dans un premier temps les fiançailles des Avaugour avec les Thouars ?

Si vous ne savez pas que les Avaugour (du nom de la forteresse détruite en 1453 dans les côtes d’Armor et appelée « Avalgor » dans les actes de l’époque)  sont les héritiers en ligne directe et masculine des Ducs de Bretagne de la maison de Rennes qui étaient plus puissants que les ducs de Bretagne et qui succéderont au Comte Alain Ier d’Avaugour qui fut régent du duché de Bretagne, de 1209 jusqu’à sa mort le 29 décembre 1212, vassal fidèle du capétien, vous ne comprendrez pas pourquoi Philippe Auguste accepte et encourage ce mariage dans un premier temps .

C’était donc dans un esprit d’unification de deux grandes maisons qu’Alain Ier d’Avaugour décide de fiancer son fils Henri à Alix de Thouars seule représentante de la lignée des Thouars car Guy de Thouars, son père, n’a pas réussi à obtenir de fils et la fille aînée Aliénor, fille du comte Geoffroy II d’angleterre, est retenue en otage par Jean sans terre (cinquième fils d’Aliénor d’Aquitaine et d’Henri II Plantagenêt), devenu roi d’Angleterre par le jeu des successions ; Henri II qui n’avait plus d’apanage à distribuer à son cinquième fils lui attribuera ce surnom de « Jean sans terre » par ironie ; il n’est pas étonnant que Jean sans Terre, le petit dernier, le mal aimé, se soit toute sa vie senti laissé, voire blessé par la prédominance de ses frères aînés .

Pour le Comte Alain, l’importance était de taille car il apportait à sa lignée le mariage de la puissance de la Bretagne nord à celle de la Cornouaille (Kernev ou Bro Gernev en Breton) .  Il est cependant nécessaire de savoir que la duchesse Constance est fille de Conan IV de Bretagne de la lignée des Comtes de Rennes et que si Constance a été mariée dès l’âge de 5 ans au 4ème fils d’Henri II Plantagenêt qui n’a que 7 ans car son père (en 1166) venait d’abdiquer en sa faveur ; le pouvoir était donc entre les mains d’Henri II qui devient tuteur de son fils jusqu’à sa majorité .

Empire Plantagenêt de 1144-1166 Geoffroy Ier et 1154-1214 -Henri II

En 1154, Henri II domine un vaste ensemble d’États : du nord au sud, le Royaume d’Angleterre, le duché de Bretagne, le duché de Normandie, le comté d’Anjou, le comté de Poitou et le duché d’Aquitaine .

Lorsque le Comte Geoffroy II, intronisé duc de Bretagne à 11 ans en 1169,  et qui atteint sa majorité 3 ans plus tard, mais ne prendra sa véritable autonomie qu’en 1181 (à 23 ans) jusqu’à sa mort accidentelle dans un tournoi organisé par Philippe Auguste à Paris le 19 août 1186, s’étant rebellé contre son père Henri II, qui refusait de l’investir de l’Anjou, et s’était réfugié à la cour de France . 

Pour exercer pleinement ses fonctions de duc, en 1185, il avait rattaché le comté de Nantes à la Bretagne qui en avait été détaché par son père en 1156 pour être rattaché à l’Anjou .

Portrait de Geoffroy II

Portrait de Geoffroy II sur une généalogie du XIV ème siècle .

Aussitôt, le roi Henri II impose à Constance son remariage avec le comte de Chester et vicomte d’Avranches, Ranulph de Blondeville, car il se méfie de Constance et cherche à la marier à un baron de confiance pour pouvoir continuer à contrôler le duché de Bretagne .  Après la mort de son premier mari, Constance exerce seule le pouvoir en Bretagne, même après avoir épousé, le 3 février 1188, Ranulph de Blondeville qui n’a accepté ce mariage que pour bénéficier des subsides provenant de « l’honneur de Richmond » et qui se désintéresse de la gestion du duché de Bretagne car « l’honneur de Richmond » lui permet de disposer de revenus aussi importants que ceux assurés par le domaine ducal de Bretagne .

En 1191, la duchesse Constance fait reconnaître son fils Arthur, âgé de neuf ans, comme duc par une assemblée générale de l’aristocratie bretonne . Les Bretons luttèrent pour retrouver l’indépendance du duché sous le règne de la duchesse Constance (1186-1201) ; réunis à Saint-Malo-de-Beignon, les principaux aristocrates bretons réagirent en faisant allégeance à Arthur pour se libérer de la dominance anglaise comme les celtes se sont libérés des saxons avec le mythique roi Arthur .   Puis le futur Arthur Ier de Bretagne se réfugiera à la cour de Philippe Auguste, à l’abri des ambitions de son tuteur, Richard Coeur de Lion, qui le considère comme son héritier légitime au trône car il n’a pas d’enfant, et, à l’âge de dix ans, Arthur retournera en Bretagne où sa mère l’associera au gouvernement du duché .

libération de Richard pas HenriVI le 4 février 1194

Libération de Richard Ier d’Angleterre par l’empereur Henri VI du Saint-Empire le 4 février 1194 .

En réaction, Richard Coeur-de-Lion, revenu des croisades, la fait enlever par son propre mari Ranulph .  La duchesse est gardée prisonnière à Pontorson .  Une fois libérée, elle fait casser son mariage avec Ranulph et se remarie en 1199 avec le vicomte Guy de THOUARS .

Afin d’écarter le risque de conflit entre Alain et Guy de THOUARS baillistre du duché de Bretagne, après la naissance de sa fille Alix, ce dernier reçoit l’autorité sur les domaines ducaux du sud du duché c’est-à-dire les évêchés de Cornouaille, Vannes et Nantes ; le comte Alain reçevant de son côté, le nord de la Bretagne donc  les revenus des évêchés de Saint-Malo, Dol-de Bretagne, Saint-Brieux et Saint-Paul de Léon .

La puissance du duc, baillistre, de Bretagne est contrecarrée par celle des Avaugour fidèles aux capétiens .

Cependant le comte Alain ayant hérité en 1206 de son cousin Geoffroy III de Penthièvre mort sans descendance, devient selon le droit d’aînesse, celui qui possède l’ensemble des droits de sa famille sur la Bretagne .  Il sera donc régent du duché de Bretagne, de 1209 jusqu’à sa mort le 29 décembre 1212 .  Pourtant il traîne des maladies à répétition durant les deux dernières années de sa régence ; et comme son fils ne sera pas en état d’avoir la majorité à sa mort, la régence va revenir à Guy de THOUARS, contrat passé obligeant .

BBllason d'Heenri I d'AAvaugour 01

Blason d’Henri II d’Avaugour (16 janvier 1205 – 6 octobre 1281), fils d’Alain Ier d’Avaugour,  qui sera spolié de son héritage par Pierre de Dreux, Duc de Bretagne qui ne lui laissera que le Goëlo et le dépossédera du Penthièvre et du Trégor en invoqueant les droits de son épouse Alix, héritière elle aussi, des « Eudonides » (voir cartes supra pour les différents comtés) .

Donc fin 1212, Henri II d’Avaugour (fils du Comte Alain) n’a que 7 ans ; les grands de Bretagne vont alors élire la descendance de la duchesse Constance de Bretagne qui a épousée le vicomte de Thouars, en troisième noce .  Or la fille aînée de la Duchesse Constance avec Geoffroy II, Aliénor (ou Éléonore voire Azénor) de Bretagne, qui serait en âge de représenter le duché mais a été « enlevée » par Jean, dit sans terre, nouveau roi improbable d’Angleterre, qui n’a pas du tout l’intention de la libérer (elle mourra en 1241 en Angleterre) .

Pourquoi ?

Tout simplement parce qu’elle est la fille de la duchesse Constance et de Geoffroy quatrième fils d’Aliénor d’Aquitaine, donc précédant Jean « dit Sans Terre » dans l’ordre de succession pour tout l’empire Plantagenêt (Anjou, Maine, Touraine, Normandie, Poitou, Aquitaine, Angleterre) .  Aliénor (ou Éléonore) de Bretagne ou Plantagenêt, surnommée  « la Brette » (née entre 1182 et 1184) n’a que deux ou trois ans, lorsque son père, Geoffroy II, meurt, le 19 août 1186, faisant d’elle l’héritière de Richard selon la coutume angevine .  Par sa mère, elle est également héritière de la Bretagne et du comté de Richmond (au nord de l’Angleterre et situé dans le Yorkshire Nord-Ouest) (*2) .

Constance de bretagne 01

Constance de Bretagne, une femme de caractère .

Si jean la relâche, elle est en droit de revendiquer la couronne d’Angleterre, surtout après l’assassinat de son petit frère Arthur de Bretagne, fils posthume de Geoffroy II, par Jean sans terre le 5 avril 1203 qui réclamait, lui, ouvertement la couronne d’Angleterre .

Or, Philippe Auguste avait de juste inquiétudes sur la confiance qu’il pouvait avoir en Guy de THOUARS ; car en 1206 Guy de THOUARS, par solidarité familiale, avait été tenté de rejoindre les barons poitevins menés par son frère (je vous rappelle que Richard Ier, qu’on l’appelait « Guillaume » avant qu’il ne soit nommé roi, était un garçon assez timide et que sa mère pensait que de l’envoyer en croisade lui permettrait de prendre un peu plus d’assurance ; avant son retours désastreux, sa mère ayant dû le racheter à l’empereur d’Allemagne pour la somme pharamineuse de 400 000 marks d’argent pur et qu’en février 1194 contre un premier versement de cent mille marcs d’argent sa mère, Aliénor d’Aquitaine, âgée de 77 ans, chevauchant à cheval jusqu’en Allemagne, avait réussi à rassembler péniblement le quart de cette somme en allant littéralement « taper » tous ses vassaux ; Richard avait comme surnom « le Poitevin » avant d’être surnommé « Coeur de Lion », mais il avait été élevé à la cour de France et ne parlait pas l’anglais), Aimery VII de THOUARS, fidèle de Richard Coeur de Lion, qui s’agitent contre le roi de France et se préparaient à se soumettre à Jean sans terre .  A cette époque Philippe Auguste avait été obligé de réagir en lui en enlevant provisoirement le gouvernement de la Bretagne .

Alain II meurt accidentellement le 29 décembre 1212 en désignant comme tuteurs de ses enfants son frère Geslin de Coëtmen et son beau-frère Conan de Léon .  Alors qu’Henri (fils du comte Alain) n’est âgé que de 7 ans, Philippe Auguste impose et organise les fiançailles d’Alix de THOUARS avec son propre cousin capétien, l’énergique Pierre de DREUX au vicomte baillistre et officiellement duc de Bretagne .

Il faudra cependant attendre la mort de Guy de Thouars le 13 avril 1213, pour que Pierre de Dreux puisse accéder, avec la bénédiction du roi de France et des barons bretons, au titre de duc ; même si le mariage officiel n’aura lieu qu’en février-mars 1214 .

Alix de Thouars et sa fille Yolande dans l'abbaye de Villeneuvelès- landes

Tombeau d’Alix de Thouars et de sa fille Yolande à l’abbaye de Villeneuve-lès-Nantes

Que conclure avec ce premier article sur Pierre Ier de Bretagne, sinon que ce soit Guy de THOUARS qui a épousé en troisième noce la Duchesse Constance de la maison de Rennes, simple vicomte, mais qui ne restera qu’un « baillistre » dans l’histoire des chroniqueurs à la solde de la « grande » noblesse, soit son fougueux successeur, Pierre de DREUX, qui aura cependant la chance d’engendrer un garçon, et verra de son vivant sa descendance reconnue à la cour des « grands », qu’il a dû combattre toute sa vie pour réussir à s’imposer comme Duc, que déjà à cette époque (début du XIII ème siècle), la noblesse avec son délire idéologique de « sang pur » commence à creuser sa propre tombe qui n’aura lieu que cinq siècles plus tard  .

Pierre de Dreux restera toute sa vie fidèle à Philippe Auguste mais ayant été élevé avec Louis VIII le Lion à la cour du roi, il ne renoncera pas aux dividendes de « l’honneur de Richmond », trop tentant par rapport à un « duché » breton qui ne rapportait à son goût que « des clopinettes » ou pas assez, si vous me passez l’expression, pour assumer ses dépenses .

Mais cela fera l’objet d’un autre article .

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J.M. MARTIN pour LPSM

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P.S. :

(*2)   Situation du Comté de Richmond, dont nous allons entre parler tout le long des siècles suivants :

Localisation du Comté de Richmond en rouge dans le Yorshire du Nord situation du Yorkshire 01

situation du Yorkshire 02

L’honneur de Richmond dont la majorité des terres était située au nord-ouest du Yorkshire, et dont le bénéfice avait été accordé au comte breton Alain le Roux par Guillaume le Conquérant, en 1071, à la suite de la conquête de l’Angleterre par le Duc de Normandie aidé par de nombreux mercenaires bretons .  Cet honneur, qui obligeait le feudataire à fournir 60 chevaliers pour le service de l’ost, était l’un des fiefs les plus importants de l’Angleterre, recouvrant près de 243 seigneuries dans onze comtés anglais différents, pas tous situé dans le Yorkshire . Il était cependant prestigieux par les 200 seigneuries du Yorkshire produisant une administration efficace et une rentrée d’argent du même acabit, qui le resteront tout au long des siècles qui suivront  .  Sa forteresse la plus imposante fut le château de Richmond construit par Alain le Roux (d’où il tire son nom : https://fr.wikipedia.org/wiki/Alain_le_Roux) .

Château de Richmond - murs vus du Donjon 01

Murs du Château de Richmond vus du Donjon

Honneur de Richmond 02 Honneur de Richmond

Pour des informations plus pointues voir : https://fr.wikipedia.org/wiki/Honneur_de_Richmond  d’où ces images sont tirées .

 

 

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XIII ème siècle – Reconquête ; version n°2

Posté par LPBSM le 5 février 2016

Bonjour,

Chevalier  droite  02 

Dans l’article précédent, on pourrait penser que Philippe II poursuit un but unique : l’accroissement du royaume et de ses possessions .  Il cherchera, en effet, toute sa vie à récupérer l’Aquitaine (que son père Louis VII a perdue en ayant répudié la duchesse Aliénor ; Louis VII avait seize ans quand il succéda à son père .  Son domaine propre s’étendait du Vermandois au Bourbonnais, sur les vallées moyennes de la Seine et de la Loire .  De sa femme Aliénor ou Eléonore, fille unique du duc d’Aquitaine, il avait reçu en dot un fief immense, presque toute la France occidentale, de la basse Loire aux Pyrénées : Poitou, Périgord, Auvergne, Guyenne et Gascogne) .

Domaine royal sous Louis VII

Domaine royal hérité par Louis VII de son père Louis VI le gros

 

Nommé très jeune roi, après le décès de son père, Philippe II se marie, alors qu’il est lui-même mineur (il a 15 ans en 1180), avec une héritière prépubère (elle en a dix) qui lui amène dans sa corbeille une dot considérable, l’Artois, le Vermandois, le Valois et l’Amiénois .  Soucieux de sa descendance, car au bout de quatre ans Isabelle de Hainaut ne lui ayant toujours pas donné d’enfant, il décide de se séparer d’elle  .

L'Artois en 1477

L’Artois en 1477

Mais, grâce à ses bons conseillers et surtout à son Chapelain qui le suit depuis l’enfance (Son éducation est confiée à un petit nombre de précepteurs, contrairement à la tradition qui veut que le dauphin fréquente les écoles abbatiales),  il se ravise comprenant qu’il va commettre l’irréparable comme son père Louis VII, se réconcilie avec sa jeune épouse, garde l’Artois, et arrive à obtenir un héritier au bout de sept ans .  Elle meurt en 1189, donc trois ans après la naissance du futur Louis VIII, en couches (*1) .

 

Philippe II est obsédé par le fait qu’il hérite de ce qu’il estime être une dépossession territoriale qui réduit le royaume de France à une portion « de pauvre » comparée à celles de barons plus puissants et plus riches que le « roi de France » .  Avec la même attitude que celle d’un grand bourgeois ou d’un gentilhomme campagnard, il fait grossir son capital en achetant des terres et en contraignant les serfs à payer leur affranchissement .

carte de L'anjou du Maine et de la Touraine en 1154 bis

carte de la situation en 1154

Il défend également l’héritage artésien de son fils Louis en cherchant à accroître l’Artois et en rachetant des parcelles à divers châtelains .

Blason de France ancienne

Blason de la maison capétienne

 

Les résultats de ce règne fit, de la maison capétienne, la famille la plus riche de France .  Au domaine étriqué de Louis VII, il ajouta l’Artois, l’Amiénois, le Valois, le Vermandois, les comtés de Clermont, de Beaumont et d’Alençon, enfin la Normandie, le Maine, l’Anjou et la Touraine .  Il conquit la Touraine en y organisant partout des baillages à la place de l’omnipotence des prévôts dans ce comté .   Au moment de sa mort, il avait réussi à étendre son autorité sur tous les grands fiefs : la Flandre, le Ponthieu, l’Auvergne se trouvaient sous son contrôle direct ; le comte de Champagne venait à peine d’échapper à sa tutelle ; le jeune duc de Bourgogne était pleinement soumis ; le Duc-Baillistre de Bretagne jusqu’en 1237 était une de ses « créatures » (*2) .   Dans le Midi même, plusieurs seigneuries étaient entrées dans la mouvance directe de la couronne .

Philippe II est donc l’initiateur d’un état français, confondant pourtant le trésor du royaume et sa fortune personnelle dont il souhaitera disposer à son gré .

sceau royal de Philippe II dit Auguste

Sceau Royal de Philippe Auguste

ligne Chaine

 

Cette vision est bien évidemment fragmentaire voire très parcellaire .

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Naissance de Philippe II

Naissance de Philippe II

Il serait souhaitable de rappeler qu’en août 1179 quand Louis VII, malade, décide de faire couronner son fils de 14 ans en la cathédrale de Reims, Philippe perd son escorte au cours d’une chasse près de Compiègne .  Il va errer toute la nuit dans les bois de Guise-la-Motte et est retrouvé à l’aube par des charbonniers, tremblant de froid, hagard, incapable de parler .

Ramené à Compiègne, il va rester prostré plusieurs semaines, si bien que les médecins craignent une altération de sa santé mentale et même de son processus vital .

Louis VII annule le couronnement et bien que très malade, part en pèlerinage à Londres sur la tombe de Thomas BECKET  (assassiné 9 ans plus tôt en sa cathédrale de Canterbury en 1170) et qui est devenu une sorte de saint thaumaturge .

Malgré l’épuisement provoqué par un si long voyage, les prières semblent avoir fonctionné puisque Philippe se remet doucement et le couronnement aura finalement lieu en novembre 1179 .

Couronnement de Philippe

Couronnement de Philippe II dit Auguste parce que né au mois d’août (21 août 1165)  .

Cet épisode, donne déjà une première information sur la « fragilité nerveuse » et la propension à l’acte manqué de cet adolescent lors de moments qui l’engage à assumer son futur rôle de roi sans doute trop lourd pour un adolescent qui n’aspire qu’aux plaisirs d’une vie choyée . 

Nous allons voir que cette façon d’agir sera répétitive tout au long de son règne .

En 1184, Isabelle de Hainault, sa très jeune épouse, a tout juste 14 ans et Philippe II décide, sur un coup de tête, de la répudier .  Le roi doit en effet faire face à une coalition de vassaux parmi lesquels on trouve le comte de Flandres et le comte de Hainaut, parents d’Isabelle .  Furieux que son épouse n’ait pas su rallier son père à sa cause, Philippe II prétexte un lien de parenté avec la reine et surtout sa stérilité pour la répudier .  Pourtant, Isabelle n’a que 14 ans et ne peut guère encore enfanter physiologiquement parlant .

Mais peu importe pour Philippe les lois de la nature ; la nature doit lui obéir et se soumettre à sa volonté comme tous ceux qu’il essaye de manipuler .

Isabelle de Hainaut

Isabelle de Hainault

Se doutant que le procès en répudiation va tourner à son désavantage, car elle a eu le temps de comprendre le caractère mystificateur de son époux, Isabelle décide de parcourir à pied, un matin de mars 1184, toutes les rues de Senlis en tenue de pécheresse, chemise blanche, un cierge à la main, en distribuant l’aumône, s’arrêtant dans chaque église de la ville, comme pour faire pénitence . 

Le peuple qui s’émeut de la voir si misérablement vêtue, intervient en sa faveur en la ramenant au château auprès de Philippe II, réclamant au roi miséricorde pour son épouse .  Devant la demande de son peuple mais surtout celle du Pape, et de ses conseillers, Philippe doit renoncer à son projet .

épées 01 

Dans son désir de toute puissance, Philippe ne supporte pas que les autres ne fassent pas ce qu’il a envisagé qu’ils fassent .

épée  02

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Ce délire paranoïaque peut tourner à l’obsession  comme le jour de son mariage avec Ingeborg de Danemark le 14 août 1198 où contrarié par une nuit de noce qu’il n’a pas réussi à assumer, il est envahi par des émotions qui le font somatiser .   Ses yeux se révulsent et il est pris de sueurs profuses et de tremblements pendant la cérémonie du sacre en pleine cathédrale d’Amiens .  Cette drôlesse lui a « noué l’aiguillette »(*3) et il ne peut même pas le dire car il serait immédiatement la risée de ses grands vassaux qui se gausseraient sous cape ou même ouvertement en le traitant d’impuissant .  La blessure narcissique est telle, qu’il n’y a pour lui qu’une seule explication possible : Ingeborg l’a ensorcelé et il est la victime d’un maléfice .

Comme précédemment avec Isabelle, une fois la cérémonie terminée, il fait mander d’urgence son conseil et annonce sa décision de renvoyer illico Ingeborg à son frère le roi Knud IV de Danemark devant des conseillers médusés .

Pourtant la dot avait été âprement débattue et fixée à 10 000 marcs d’argent, une lourde charge pour un si petit royaume ; mais comme à son habitude, Philippe se comporte comme un petit boutiquier de bas étages  .  A 15 ans, déjà, il avait adopté des méthodes de petit escroc en rançonnant les Juifs, au début de son règne, pour remplir les caisses royales laissées vides par son père .  Il faut quand même préciser qu’il y est largement encouragé par son entourage d’évêques qui étaient tous favorables à l’idée papale d’entreprendre une troisième croisade pour délivrer le tombeau du Christ dont les juifs sont accusés d’avoir instrumentalisé  la mort .   Le  5 février 1180, Philippe Auguste condamne les dirigeants de la communauté juive à une amende de 15 000 marcs d’argent ; puis en 1182, il ordonne l’expulsion des juifs qui  pourront revenir à condition de payer de lourdes taxes en 1198 .

Armoiries du Danemark

Armoiries du Danemark

Le choix d’Ingeborg ne s’était pas fait au hasard ; en effet, Ingeborg descend par les femmes du roi Harold II mort à la bataille d’Hastings contre Guillaume de Normandie, futur roi d’Angleterre et fondateur de la dynastie anglo-normande .  Philippe II pense avoir trouvé un moyen de pression avec l’antériorité des droits de sa future épouse Ingeborg ; droits qu’il aurait envisagé de faire valoir par la force et avec le concours des princes danois et de leur flotte . 

Mais malgré le désir de voir son plan machiavélique aboutir, la blessure infligée à son petit égo est la plus forte et il réagira comme le gamin capricieux qu’il a toujours été en utilisant les mêmes vieilles ficelles de justification de consanguinité et il obtiendra l’annulation de son mariage le 5 novembre 1193 (moins de trois mois après le sacre) par le tribunal ecclésiastique de Compiègne après une parodie de justice .

Le pape Célestin III, qui a plus de quatre-vingts onze ans en 1196, refuse de ratifier le jugement d’annulation ; mais Philippe n’en a cure et épouse rapidement Agnès de Méranie le 1er juin .  Deux ans plus tard, Célestin III meurt (le 8 janvier 1198) et est remplacé par un pape de trente huit ans qui prend le nom d’Innocent III .

Innocent III

Innocent III ou le cardinal Lothaire de Segni

A la fin de l’année 1198, ce pape n’hésite pas à jeter l’interdit sur le royaume de France et décrète l’excommunication de Philippe II au motif que « la dignité du Roi de France ne le place pas au-dessus des devoirs chrétiens du plus simple de ses sujets » .  Selon le droit canon, le Roi de France est bien bigame (car il a épousé Agnès de Méranie le 1er juin 1196 malgré l’interdiction papale) .

L’interdit est la pire des choses qui peut arriver à un royaume chrétien car durant sa durée plus aucune célébration (baptême et extrême-onction) ou office religieux n’est autorisés .  Si cette consigne n’est pas respectée, les célébrants et les fidèles sont passibles d’excommunication et promis à la damnation éternelle .

Aussi en 1200, sur le conseil des évêques du royaume, Philippe doit faire semblant d’accepter de se séparer officiellement d’Agnès de Méranie .   Il va jusqu’à reprocher à son oncle, l’archevêque de Reims, le procès de Compiègne comme s’il n’en était pas l’instigateur … !  Lui, n’est absolument  pas responsable … il est encore une fois la victime de son entourage !

Berthold IV comted'Andrech et Duc de Méranie son épouse Agnès de Rochlitz et sa fille Agnès de Méranie

Berthold IV comte d’Andrech et Duc de Méranie (duché qui ne durera que 95 ans) avec son épouse Agnès de Rochlitz et l’une de ses filles Agnès de Méranie qui deviendra Reine de France en 1196 morte en couches en juillet 1201 .

Devant cette preuve manifeste de bonne volonté, Philippe faisant mine de faire revenir Ingeborg à la cour, le légat du pape lève l’interdit sur le royaume et annonce la convocation d’un concile qui jugera la demande d’annulation du mariage du Roi de France .

Ce concile s’ouvre au début 1201 à Soissons ; puis Philippe voyant qu’il va être débouté et déclaré officiellement comme bigame, fait machine arrière, fait semblant d’accepter de reprendre son épouse officielle mais négocie la reconnaissance de ses deux enfants adultérins avec Agnès de Méranie (le boutiquier qui le hante ne le lâche pas) .   Finalement, en juillet 1201, Agnès de Méranie meurt en couches à Poissy en ayant donné à Philippe Auguste un deuxième héritier mâle prénommé Tristan mais qui ne survivra pas .  Le premier fils d’Agnès, prénommé Philippe (Agnès ayant donné naissance à une fille, nommée Marie, en 1198), sera reconnu comme tel par le pape Innocent III en novembre 1201 .

Philippe II essayera de nouveau en 1205 de justifier que le mariage n’a pas été consommé avec Ingeborg ; argument rejeté par l’église car Ingeborg prouvera aisément, témoins à la clef,  les nombreuses visites de son époux après mariage .

Navire de transport pour les croisades au couleurs du Temple

Navire de transport pour la croisade aux couleurs du Temple (Robert de Sablé, ami de Richard est le grand-maître de l’ordre du Temple et s’embarque avec lui) .

Son comportement mesquin (Philippe Auguste instaurera un impôt spécial supplémentaire pour financer la 3ème croisade : la « dîme saladine », levée en 1188) et parjure ressortira pleinement lors de la troisième croisade quand Richard coeur de Lion, qu’il a monté contre son père Henri II pour servir ses intérêts, refuse de prendre Adèle, fille du roi Louis VII et sœur de Philippe en 1191, comme épouse .  Il épousera Bérengère de Navarre Bérangère de Navarre, à 34 ans, sous la pression de sa mère Aliénor Aliènor d'Aquitaine .  Il est insupportable pour Philippe que son protégé puisse ne pas se soumettre à ses plans malgré le fait que sa demi-soeur Adèle de France ait été la maîtresse d’Henri II et mère d’un enfant de ce dernier, alors qu’elle avait été promise à Richard (*4) .

Richard avait sans doute quelques raisons d’en vouloir à son père, d’accepter l’appui que Philippe lui fournissait, mais également de ne pas souhaiter légitimer un enfant qui n’était pas de lui .

 Philippe auguste et Richard coeur de Lion recoivent les clefs de St Jean d'Acre le 12 juillet 1191

Remise des clefs de St-Jean d’Acre à Philippe et à Richard

Lorsqu’après le siège de Saint-Jean d’Acre et les renforts apportés par Richard, qui s’est attardé à Chypre afin de permettre le ravitaillement de son armée à Saint-Jean d’Acre, les assiégés de la ville d’Acre capitulent le 12 juillet 1191, Philippe ayant gagné une calvitie et la perte de l’usage d’un œil, justifie la nécessité de se retirer sous prétexte de maladie et ce afin de traiter une affaire d’héritage (Le comte de Flandres étant mort au siège d’Acre, Philippe réfléchit que l’Artois et le Vermandois, qui devaient lui revenir par succession, avaient pour lui plus d’importance que la Palestine) . 

Carte de la 3ème croisade 01

Il retourna donc en France, ayant juré à Richard qu’il n’abuserait pas de son absence pour lui faire tort ; mais il n’était pas plutôt rentré dans ses pénates qu’il accusa Richard d’avoir voulu le faire assassiner .  Il paya, à contre coeur, le duc Léopold d’Autriche (Léopold V de Babenberg) qui capturera Richard sur son chemin de retour, près de Vienne à l’automne 1192, après que Richard ait subi un naufrage(*5), pour qu’il le retinsse prisonnier .  Philippe profita de l’événement pour envahir la Normandie, puis pour traiter secrètement avec Jean sans Terre qui avait la régence en l’absence de son frère, et se faire promettre le Vexin, Tours, Amboise et Loches .

Richard finira par être vendu à l’empereur allemand Henri VI, fils de Frédéric Barberousse, mort en 1190 lors de la troisième croisade .

Gisant couché d'Aliénor près d'Henri II entrain de lire un psautier

Gisant d’Aliénor morte à Poitiers, à l’âge de 82 ans, le 31 mars 1204

Cependant Richard obtint sa libération grâce à sa mère, Aliénor âgée de 77 ans, qui parvint à rassembler péniblement une énorme rançon de cent cinquante mille marcs d’argent (équivalant à deux années de recettes pour le royaume d’Angleterre) qu’elle apportera elle-même à Mayence (le 3 février1194) à l’empereur d’Allemagne Henri VI, lors de l’hiver 1193-1194 (voyage aller compris) ; l’empereur en profitera pour extorquer également à Richard un serment d’allégeance de la couronne d’Angleterre à l’Empire avec le devoir de payer un tribut de cinq mille livres sterling par an ainsi que la promesse de Richard de reconnaître l’empereur du Saint-Empire, Henri VI, comme suzerain à la place du roi de France .

Ecu en-v- du XIIIe siècle     Richard coeur de Lion     Ecu en-v- du XIIIe siècle droit

Portrait de Richard coeur de Lion (Huile sur toile de Merry-Joseph-Blondel (1841) – Château de Versailles) entouré de deux écus en forme de « v » apparaissant au XIIIème siècle car plus maniables que les boucliers traditionnels très couvrants mais beaucoup plus lourds .

Bouclier couvrant

Revenu en Angleterre en mars 1194, il entreprendra aussitôt de se venger et ayant fait la paix avec son frère ; Richard (le roi en titre couronné le 3 septembre 1189 puisque l’aîné) commença par traiter avec Philippe II, lui donnant l’illusion qu’il lui laisserait une petite partie de ses conquêtes, puis organisa contre lui une coalition avec de grands vassaux comme les comtes de Flandres, de Boulogne, de Blois et de Toulouse .

Il obtint quelques succès militaires arrivant même à s’emparer du trésor royal le 5 juillet 1194, Philippe s’apprêtant à mettre le siège devant le château de Vendôme ; Richard qui mène une guerre d’escarmouches lui dresse un guet-apens près de Fréteval, au cours duquel il s’empare des bagages de Philippe, du sceau royal et de son chartrier (événement à l’origine de la création de la garde des archives royales, appelées Trésor des Chartes que Philippe-Auguste fera reconstituer en deux exemplaires ; l’un restant au château du Louvre à Paris) .

Le Louvre de Philippe Auguste  Muraille de Philippe Auguste

Château du Louvre à la fin du XIIème siècle et sa situation dans l’enceinte de Paris dite de « Philippe Auguste »

Avant son départ en croisade, Philippe Auguste fait construire pour défendre Paris une véritable muraille entourant Paris : plus de 5km sur 3m d’épaisseur et 9m de hauteur

La muraille comportait un chemin de ronde, des créneaux, des portes fortifiées et des tours rondes régulièrement espacées. Elle faisait le tour de la ville : 2800m sur la rive droite, 2600m sur la rive gauche, 3m d’épaisseur à la base, 9m de hauteur et une tour de 14m de haut tous les 70 mètres .

Les victoires de Richard deviennent de plus en  plus  fréquentes ; Philippe est battu en septembre 1198 entre Gamaches et Vernon et le 26 septembre, Richard s’empare des châteaux de Boury et de Courcelles ; puis, il  bat près de Gisors les troupes de Philippe, venu au secours de ces places fortes .

La nouvelle qui parvient à Philippe en avril 1199, ne peut que le soulager .  En effet,  le 26 mars 1199, Richard, qui assiège le château de Châlus Chabrol (possession du vicomte Adémar V de Limoges, dit Boson), est atteint par un carreau d’arbalète tiré par un chevalier de petite noblesse limousine, Pierre Basile .  La flèche est retirée mais la gangrène s’installe .  Richard meurt le 6 avril 1199, onze jours après sa blessure .

Gisant de Richard à l'abbaye de Fontevreau

Gisant de Richard à l’abbaye de Fontevraud

Débarrassé d’un fin tacticien, Philippe II pourra se consacrer à reconquérir les territoires perdus du temps de son père Louis VII, malgré les coalitions qui l’amèneront à écraser ses ennemis à Bouvines le 24 juillet 1214 .  La bataille, proprement dite, ne durera que 5 heures .

ligne Chaine

Voici une version plus psychologique qui tranche singulièrement avec la présentation d’un roi exemplaire, courageux et valeureux, admirable, intègre et honnête, pourvu d’un volontarisme bénéfique à l’ensemble du royaume présentée dans le premier article et qui ressort de celle faite sur Wikipédia .

On peut aborder « l’Histoire » sous différents angles et Philippe Auguste en était pleinement conscient puisqu’il demandera à son chapelain Guillaume Le Breton de réécrire certains passages de la « Gesta Philippi-Augusti » écrite par le moine de Saint-Denis RICORD (Ricordus), médecin et chroniqueur, témoin visuel des actes de Philippe Auguste puisqu’il faisait partie de son conseil .  Guillaume Le Breton transforma donc dans « La Philippide »  l’histoire du règne de Philippe II, passant ainsi sous silence de nombreux faits qui ternissaient l’image d’un roi vertueux que souhaitait présenter Philippe à la postérité .

Cette « Version n°2 « , même si elle ne semble pas concerner directement la Bretagne, sera pleinement justifiée par la rédaction de l’article suivant sur Pierre 1er de Dreux, durant lequel nous allons rencontrer les mêmes écueils entre discours laudatif et l’envie de dénoncer un autoritarisme frisant souvent l’escroquerie .

Pierre Maucler représenté sur un vitrail de la cathédrale de Chartres

Pierre 1er duc de Bretagne représenté sur un vitrail de la cathédrale de Chartres .

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Conclusion générale pour les deux versions présentées :

 

La philosophie qui se dégage de ces deux présentations de l’histoire d’un même règne, se rapproche plus d’une démonstration épistémologique que d’un désir de vouloir imposer une reconstruction de « l’Histoire » au profit d’une unique vision qui se voudrait incarner la seule valeur « morale » d’une société dans un siècle donné .

Nous aurions pu faire une version 3 ou une version 4 en abordant des éléments et faits historiquement reconnus sous un angle différent (il paraît évident que les versions anglaises ou allemandes sur la même période ne doivent pas être compatibles avec celle de la chronique de Guillaume Le Breton dans sa « Phillipide ») .

 

Même si le règne de Philippe II va permettre aux capétiens suivants de se tailler la part du lion (son successeur direct est « Louis VIII le Lion »), il ne laissera pas dans l’histoire de France l’aura que pourra acquérir un Louis IX sous le nom de « Saint Louis » à la fin du XIIIème siècle .  Chaque société humaine a besoin de ses héros emblématiques .

Philippe Dieudonné donné par dieu à ses parents - Grande chronique de France en 1270 - Bibli St Geneviève

Naissance de Philippe « Dieudonné » attendu durant 32 ans par Louis VII, son père, qui ne pourra pas assister à son couronnement car frappé d’hémiplégie au retour du pèlerinage sur le tombeau de Thomas Becket ; il mourra peu après, le 18 septembre 1180, à l’abbaye de Saint-Port .

Malgré des réformes de fond (C’est sous le règne de Philippe-Auguste que Paris, se modifie et devient l’une des villes les plus importantes d’Europe .  Il fait entourer la ville de remparts, avant de partir pour la troisième croisade, et en fait paver les rues .  Il réorganise la ville en créant des marchés et des hôpitaux .  Il supervise lui-même la construction de la forteresse du Louvre ; en 1202, Philippe refuse de se joindre à la 4ème croisade qui aura lieu en 1204, prétextant qu’il a trop à faire dans son pays, avec ses 62 prévôtés (il n’y en avait que 41 en 1179), où il organise partout des baillages et des sénéchaussées afin de remplacer l’omnipotence des prévôts(*), surtout dans le Comté de Touraine  .

4 ème croisade - conquête de Constantinople en 1204

Siège de Constantinople à la 4ème Croisade 

Sur le plan de la lecture de cette version n°2, j’ai bien conscience que cet article est beaucoup trop long et qu’il aurait été plus agréable de le diviser en deux parties ; mais où en faire la coupure sans en détruire le suivi ?   J’ai longtemps cherché sans trouver de meilleure solution .

Désolé de vous imposer un pensum un peu pénible par sa longueur .

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(*)  À partir du XIème siècle, les Capétiens retirent l’administration du domaine royal aux nobles pour la confier à des prévôts, généralement des roturiers aisés, qui possèdent le droit de percevoir les revenus du roi dans leur conscription ou prévôté .  

Cette pratique, bénéfique pour les finances royales à ses débuts, entraîne rapidement de graves abus et, dès la fin du XIIème siècle, le prévôt est contrôlé par un bailli dit « itinérant » ; puis, au XIIIème siècle, par un bailli et un sénéchal à poste fixe .

J.M. MARTIN pour LPSM

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P.S. :

         Avant d’aborder les nombreuses notes de référence, cet exercice (celui de réaction d’un article) est avant

      tout une synthèse qui essaye de faire un résumé de ce qui semble le plus caractéristique à mettre en valeur

      pour l’auteur et on comprendra aisément que d’autres l’analyseront de façon différente, voire opposée . 

      C’est ce qui permet de faire la richesse des différentes propositions et d’en tirer, en fin de compte, sa

      propre opinion, souvent en prenant comme crédibles certaines appréciations tout en se réservant le droit

      d’en prendre d’autres qui semblent contradictoires avec celles exprimées dans un même document .

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ligne Chaine

  • (*1)  Elle serait morte en accouchant de jumeaux le 15 mars 1190, qui ne survivront pas, pour certains historiens et d‘un enfant mâle mort-né pour d’autres .
  • (*2)   Pierre de Dreux, de la famille capétienne, alors qu’il n’est que le deuxième enfant mâle de Robert II de Dreux dit le Jeune, sera choisi par Philippe après reconnaissance d’hommage lige pour se marier à Alix de Bretagne, fille aînée du Duc breton Guy de Thouars (mort en 1213) .
  • (*3)   Les aiguillettes sont des lacets généralement en cuir L'aiguillette au Moyen Age 07  sur des chausses à fond plein  à bouts ferrés (parfois laiton ou cuivre) qui permettent de passer dans des oeillets et de fermer les chausses (nom de la partie du costume masculin) et permettant de ne pas baisser les chausses pour pouvoir uriner plus facilement .  Fermées par un lacet au niveau des organes génitaux, les chausses  L'aiguillette au Moyen Age 01 souvent en cuir et laiton permettaient de sortir le pénis rapidement si les noeuds de l’aiguillette ne coinçaient pas .   L’aiguillette nouée ne permet plus d’accomplir cette action aussi facilement et, par extension, désignera l’impossibilité d’avoir un rapport sexuel ; l’expression « dénouer l’aiguillette » signifiera, bien évidemment, le contraire .

Chausses à fond plein

(certaines étant fendues à l’arrière, on devine aisément pourquoi, mais la chemise n’est pas rentrée dans les chausses dans ce cas) .

L'aiguillette au Moyen Age 04 sur des chausses à fond plein  L'aiguillette au Moyen Age 05 sur des chausses à fond plein  L'aiguillette au Moyen Age 03 sur des chausses à fond plein

Détail

  • (*4)    Il faut quand même préciser qu’Henri II Plantagenêt avait fait venir à sa cour Adèle de France (Adélaïde ou encore Alix née en octobre 1160 – † en 1213) qui est la fille du roi Louis VII de France (1120 – † 1180 Louis VII le Jeune) et de sa deuxième épouse Constance de Castille qui meurt le lendemain de la naissance de sa deuxième fille, Adèle . 

        En 1169, Adèle (qui est donc la demi-soeur de Philippe Auguste puisque la mère de Philippe est Adèle de

           Champagne troisième épouse de Louis VII) est fiancée à Richard (le troisième fils des huit enfant

           qu’Aliénor d’Aquitaine a eu avec Henri II Plantagenêt) .

           Henri II Henri II  02 fait venir sa future belle-fille à sa cour (elle a 9 ans), pour prendre possession 

              des terres constituant sa dot (le Comté d’Aumale et le Comté d’Eu) en lieu et place de son fils mineur (il a

              exactement 6 ans) ; mais, à peine nubile, il abuse d’elle et en fait sa maîtresse .

             Par le traité de paix signé le 30 septembre 1174 à Montlouis (ville située entre Tours et Amboise), le roi

             Henri II renouvelle à Louis VII, la promesse du mariage entre Adèle et son fils Richard, mais il ne s’y tient

             pas, et en 1177, le pape Alexandre III Alexandre III -1159 1181 intervient pour le sommer, sous peine

             d’excommunication, de procéder au mariage comme convenu .   Le Berry devait être la dot qui revenait à

             Richard .

            Henri II renouvelle sa promesse en décembre 1183 puis en 1186, mais ne tient toujours pas ses

            promesses . Entre temps, Adèle a fini par être enceinte des oeuvres de celui qui y planta son genêt voire

            son jeunet puisqu’il s’agissait d’un enfant mâle .

            Après la mort du roi Henri II, le 6 juillet 1189, son troisième fils et successeur, Richard « le Poitevin » (c’est

            ainsi qu’on le surnommait), fit venir Adèle à Rouen en février 1190 .

           Cependant en 1191, il avertit le roi de France Philippe-Auguste qu’il ne prendrait pas sa demi-sœur comme

           épouse à cause du déshonneur qu’elle pourrait faire rejaillir sur lui et dont on l’accusait .

            Après avoir tenté de la donner pour femme à Jean sans Terre Jean sans Terre (le frère cadet de Richard qui

            maintenant se surnomme « Coeur de Lion », surnom acquis à la croisade), Philippe Auguste arrive enfin à la

            marier le 20 août 1195 à Guillaume II de Talvas, Comte de Ponthieu jusqu’en 1221 .  Elle apporte dans sa

         dot le Comté d’Eu, le Comté d’Arques et un prêt de 5000 marcs .  Cela prouve à quel point le besoin

         d’argent était pressant pour accepter une épouse ayant un enfant illégitime d’un premier lit .  Comme à

         son habitude, Philippe qui se dit Auguste, ne fait pas un don, sachant l’autre aux abois, mais arrive à

         négocier un prêt … !

            Pourtant Guillaume II commanda l’aile gauche de l’armée du roi Philippe Auguste lors de la bataille de

         Bouvines en 1214 .

Blason de Guillaume II Comte de Ponthieu jusqu'en 1221

Blason de Guillaumme II de Ponthieu

  • (*5)   Après que Philippe Auguste soit rentré en France et que Frédéric Barberousse Frédéric Barberousse 02 ait été tué en 1190, Richard devient le seul chef de la troisième croisade continuant à lutter contre

         Saladin Saladin

         Jean Jean sans Terre, son frère, tentant d’usurper le pouvoir (son père, Henri II, ayant toujours souhaité lui

         laisser le pouvoir plutôt qu’à Richard qu’il détestait), Richard, quand il appris la nouvelle, signa aussitôt

         avec Saladin une trêve de trois ans et s’embarqua pour l’Angleterre .  Mais, en pleine mer Adriatique,

         son navire, pris dans un ouragan, fit naufrage sur les côtes adriatiques, l’obligeant à poursuivre son

         voyage par voie terrestre . Alors qu’il tente de trouver refuge auprès du duc de Saxe et de Bavière,

         l’époux de sa soeur Mathilde, il pense qu’il sera bientôt dans son royaume sans que personne ne s’y

         attende … (certains historiens prétendant que les nobles anglais se soient déguisés en marchands sans 

         en apporter les sources même si cela n’est pas, pour autant, un gage de fiabilité) .  Pourtant ses plans

         seront déjoués ; le duc d’Autriche, Léopold V de  Babenberg, dont Richard avait un jour insulté la

         bannière lors du siège de Saint-Jean-d’Âcre, et qui l’avait fait suivre, après s’être emparé de lui, près de

         Vienne, avec un bon nombre de nobles anglais,  le « livra » (*6) à l’empereur d’Allemagne, Henri VI .

         Richard sera alors enfermé au château de Trifels (les trois pierres en allemand) au moins trois semaines

         (peut-être même une année), et il ne recouvrira la liberté qu’après le paiement d’une rançon de 150 000

         marcs d’argent réunie au bout de deux ans, le 4 février 1194  (*7) .

 Richard coeur de Lion  03

              Troisième des huit enfants d’Aliénor d’Aquitaine et d’Henri II Plantagenêt, Richard est d’abord surnommé

               « le Poitevin » : il n’est pas destiné à régner puisqu’il n’est pas l’aîné ; en revanche, il reçoit l’Aquitaine en

               partage à 11 ans, et c’est au château de Poitiers qu’il grandit dans une atmosphère de poésie courtoise   

               et de chevalerie .  Mais, emporté et ambitieux, il participe, avec son frère Henri le Jeune, à la révolte de

               1173 contre Henri II, révolte soutenue par la France .  Battu, il se soumet à l’autorité de son père . 

            En 1183, la mort de son frère aîné, Henri le Jeune, le désigne comme héritier du trône d’Angleterre et

            du  duché de Normandie .  Pourtant il se bat une seconde fois contre son père, aux côtés de Philippe 

            Auguste ;  Henri II perd la bataille et meurt peu après en 1189  au château de Chinon d’une

            hémorragie  digestive très probablement provoquée par un ulcère .

Henri II

 Henri II Plantagenêt en 1154

             Richard est couronné à Westminster le 3 septembre 1189 .  À peine roi, il regagne le continent sans

        s’attarder sur cette île dont il ne parle pas la langue (on ne le surnommait pas Richard « le Poitevin » pour

        rien) .

Départ de Richard pour la croisade Huile de G. Warren Philpot 1927

Richard s’embarque pour la 3ème croisade – Huile de G. Warren Philpot de 1827 .

           En 1190, il s’embarque à Marseille en compagnie de Philippe Auguste pour la troisième croisade, mais il

           s’arrête longuement en Sicile et enlève aux Byzantins l’île de Chypre, où il épouse Bérangère, fille du roi

           de Navarre .  Puis il rejoint Philippe Auguste qui assiège Saint-Jean-d’Acre .

Richard coeur de Lion et bérengère de Navarre son épouse

Richard et sa femme Bérangère de Navarre qu’il épouse à Chypre

            En 1199, un de ses vassaux, le vicomte de Limoges, trouva dans un champ, près de son château de

        Châlus, une médaille d’or ancienne .  On lui attribuait une certaine valeur .  En tant que suzerain, Richard

        prétendit qu’elle lui revenait de droit, le vicomte s’y opposa .  Le roi, offensé, assiégea son château . 

        « Petite guerre, se dit Richard, dans quelques jours le vicomte se rendra » .  Cependant, trois jours plus

        tard, comme Richard caracolait hardiment près des remparts, une flèche l’atteignit à l’épaule . 

        On connaît la suite .   Encore un caractère qui se croyait au-dessus des lois de la nature ; il est vrai qu’à

        quarantre-deux ans … on peut encore avoir une légère propension à se sentir invulnérable .

Léopold V de Babenberg  Duc d'Autriche

Léopold V de Barenberg, Duc d’Autriche

  • (*6)   Vous allez rencontrer ce terme « livrer » dans de nombreuses parutions ; mais de nos jours, c’est un terme ambigüe car « La poste », « Chronopost » ou « Colissimo », prennent des frais pour la livraison .   Ici, il faut bien comprendre qu’un otage est choyé car il représente une importante somme d’argent ; c’est un doux euphémisme pour expliquer qu’on fait du « commerce » (réservé aux juifs ou aux bourgeois) et qu’on va remettre le prisonnier au plus offrant .

Dans le cas présent, le Duc d’Autriche, ne se satisfait qu’un moment des sommes « à minima » envoyées par Philippe Auguste pour retarder la libération de Richard qui est gardé un certain temps à Dürnsteim (ou Dürrenstein sur le Danube) .  La rançon énorme de six mille « Eimer» d’argent (environ 100 000 marks d’argent) demandée à l’empereur Henri VI et acceptée, semble bien plus profitable que les petites sommes parvenues difficilement de France .  Cette manne sera utilisée pour la construction de la fonte de la nouvelle monnaie viennoise, d’une nouvelle enceinte fortifiée dont Vienne qui s’agrandissait avait besoin, ainsi que pour la fondation des villes nouvelles comme Weiner Neustadt et Friedberg . 

Pour cet acte, le duc est excommunié et puni de l’interdit par le pape Célestin III  .   Cependant, cette décision ne semble avoir jamais été publiée .  L’évêque de Vérone L'évêque de Vérone envoyé à Léopold V duc d'autriche pour signifier l'excommunication est cependant envoyé, par le pape, à Léopold V afin de lui transmettre les conditions pour lever l’excommunication .  Léopold V doit libérer les otages anglais, repayer la rançon encaissée et partir en Terre Sainte en croisade pour la même durée que la captivité de Richard Ier d’Angleterre . 

On comprends mieux pourquoi pour Henri VI, c’est un bon investissement qui va lui permettre de financer sa campagne militaire de reconquête du royaume de Sicile (conquête qui s’était arrêtée à Naples en 1191) car c’est un bâtard de Roger II, empereur normand de l’Italie du sud, Tancrède de Lecce, qui s’est fait reconnaître roi de Sicile par les barons normands, en lieu et place de Constance de Hauteville, fille posthume de Roger II roi de Sicile (Roger II de Hauteville, 3e comte de Sicile et 1er roi normand de l’île) à qui avait succédé Guillaume II de Sicile (son fils) mort sans descendance et donc neveu de Constance de Hauteville .  Mais Constance est mariée à Henri de Hohenstaufen, fils de l’empereur Barberousse qui, à la mort de ce dernier, va devenir l’empereur de Saint-Empire Romain Germanique sous le nom d’Henri VI .  Son époux réclame donc, au nom de son épouse, la succession légitime au trône de Sicile qui n’avait été pas été respectée par la noblesse normande en élisant Tancrède, un simple bâtard, comme roi .

Blason de Henri VI du St Empire Romain Germanique

Blason d’Henri VI

Henri VI passe pour le libérateur de Richard au yeux du pape et prend un petit bonus de 50 000 marcs, au passage, et une rente de 5000 livres sterling à verser annuellement pour couvrir très certainement …(!) les frais de bouche, sans pour autant subir l’excommunication et surtout l’interdit papale .    Bien joué !   Non ?

Blason de l'Autriche de Léopold V d'Autriche  Blason De Léopold V de Babenberg

Blason du duché d’Autriche (à gauche) postérieur à celui de Léopold V d’Autriche (sur la droite)

Léopold V d’Autriche va se casser une jambe après une chute de cheval lors d’un tournoi en novembre 1194 et meurt des « excellentes » saignées médicales prodiguées à l’époque, le 31 décembre 1194, l’excommunication ayant été levée sur ses promesses faites à l’évêque de Salzbourg, Adalbert, de se soumettre au pape et de partir en croisade, sans qu’il ait eu le temps de les tenir à l’âge de 37 ans  .

En mai 1194, Tancrède meurt également et c’est son jeune fils de huit ans, Guillaume III de Sicile, qui lui succède .  Nanti de la rançon de Richard, l’armée recrutée par l’empereur Henri VI ne rencontra que peu de résistance et Henri VI est sacré facilement roi de Sicile le 25 décembre 1194 .  L’unique enfant issu de son mariage avec Constance (Frédéric-Roger du nom de ses deux grand-pères, le futur empereur Frédéric II Hohenstaufen), voit le jour le lendemain, près d’Ancône (qui se situe sur la côte adriatique à 360 km au sud-est de Venise et à 210 km au nord-est de Rome) .

Carte des possessions normandes en 1130 

Henri VI, fou de joie, se livre pourtant, quelques jours plus tard, à une répression brutale, ayant facilement emporté la victoire sur un gamin de 12 ans manquant cruellement d’expérience, en le faisant châtrer, en lui crevant les yeux et en le déportant en allemagne, puis en emprisonnant à vie le reste de sa famille .  Les nobles et les évêques ayant assisté au sacre de Guillaume sont brûlés vifs dans un champ près de Palerme .  Mais pas tous : les Filangieri, les Della Marra ou encore les Sanframondo,  à titre d’exemple (ils sont trop nombreux pour tous les citer), préfèreront se soumettre à cette nouvelle domination et à servir les Hohenstaufen, conservant ainsi leurs biens .

Henri VI fait ensuite déterrer les restes de Tancrède et de son premier fils Roger III de Sicile .  On arrache les couronnes d’or qui ornaient leurs dépouilles avant de décapiter les cadavres durant un cérémoniel ostentatoire .

Serait-ce un hasard si le surnom de « le cruel » avait été donné à Henri VI ?

Henri VI dans le codex Manesse de 1300

Henri VI dans le codex de Manesse en 1300

  • (*7)  Sur la libération de Richard et de son « incarcération » à Trifels, il est quand même nécessaire de préciser que Richard bénéficiait, non seulement d’un régime qui pourrait paraître contraignant s’il n’était pas agrémenté de grandes libéralités :
    L’historien Theodor Toeche (1837–1919), s’appuyant sur les lettres de Richard et les récits de contemporains neutres, dresse le tableau suivant de la situation :

Croix des Chevaliers Teutoniques

Croix des Chevaliers Teutoniques

« Il avait la permission de se déplacer dans le pays à condition d’être accompagné de chevaliers teutoniques. Il avait tout loisir de s’entretenir avec les amis et compatriotes venus d’Angleterre pour l’encourager ou le conseiller. Il n’y a que la nuit qu’il devait rester seul. Et le roi ne perdit rien de sa bonne humeur ; ceux qui le voyaient le trouvaient joyeux et plein d’entrain. Ses principales distractions étaient le jeu, la lutte et les beuveries qu’il partageait avec ses gardes, et la retraite solitaire dans ses appartements. »

Extrait de https://fr.wikipedia.org/wiki/Blondel_de_Nesle .  

 

 

La plus grande crainte de Richard étant que Philippe Auguste puisse réunir, avant sa mère, la somme exigée, et ses dépendances, pour sa « libération » ; ce qui se serait irrémédiablement transformé en un transfert dans une « oubliette » fortifiée . 

Richard utilisa donc tout son talent diplomatique, pendant ce temps de douce réclusion, à essayer de réconcilier les princes rebelles allemands (voir lutte entre les Guelfes et Gibelins), avec son « geolier » .  Cela pourrait paraître gaguesque aujourd’hui, mais, en fin politique et en fin tacticien, il ne pensait pas mourir dix ans après pour des vétilles .

Philippe et Richard à la croisade

Philippe et Richard à la troisième croisade

C’était pourtant bien mal connaître ou mésestimer le côté mesquin et grippe-sou de Philippe Auguste, dont Richard avait suffisamment côtoyé la cour, mais dont il connaissait parfaitement le désir obsessionnel de reconquête de territoires perdus qui appartenaient à sa mère, Aliénor, et où Richard avait passé une grande partie de son enfance .

chevalier droite petit 04

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N.B. : 

  • Un certains nombre d’images proviennent du site de :  http://jean-francois.mangin.pagesperso-orange.fr/capetiens/capetiens_5.htm  ; mais comme la source n’est pas mentionnée nous ne pouvons vous la communiquer .
  • D’autres images proviennent des nombreuses pages consultées sur Wikipédia  .
  • Pour résumer ce trop long article, un aphorisme me vient à l’esprit : « En politique, il faut suivre le droit chemin ; on est sûr de n’y rencontrer personne » .

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Ha! Voeux pour 2016

Posté par LPBSM le 3 janvier 2016

Chères lectrices et chers lecteurs,

 

rois mages MA fwdtml7k (*)

   2016  02 (*)

Plusieurs déboires informatiques ne m’ont pas permis de terminer le brouillon de : »XIII ème siècle – Reconquête,  version n°2 », car ce brouillon a été par deux fois éradiqué de mon blog .

Quant-on connaît la somme de documents à consulter pour produire le moindre article qui se voudrait de qualité, on peut imaginer la rage puis l’abattement qui s’en suit .

Ajoutez à cela mon engagement sur la présidence du groupe « Mémoire du quartier Saint-Martin » qui devrait aboutir à une exposition au mieux en septembre 2016, ainsi que la création d’un projet de bibliothèque de rue pour la « Fabrique Citoyenne »

 http://lepetitblogdesaintmartin.unblog.fr/2015/11/17/la-quatrieme-bibliotheque-de-rue-a-rennes/

et vous comprendrez aisément qu’il est difficile de chasser plusieurs lièvres à la fois … (même en plein Moyen Age) .

Cependant, je n’ai pas renoncé à vous faire voir une autre version que celle de ce premier article simple et manichéenne, voire simpliste, de cette première partie du siècle, en vous faisant toucher du doigt une seconde version plus « Le dessous des cartes » (magazine de géopolitique écrit et présenté par Jean-Christophe VICTOR, produit et diffusé par ARTE… depuis presque 20 ans) .

Chacun(e) pourra se faire son opinion sur ce qui lui semblera le plus plausible .

Sans chercher à ternir l’image du premier des quatre rois ayant régné sur ce siècle, la représentation de mages iraniens est suffisamment parlante pour en faire des rois capétiens sur cette enluminure (c.f. supra) et pour vous convaincre que l’histoire, faite par ceux qui l’écrivent, est souvent « déguisée » …

Ces voeux ne devraient pas représenter un objectif inatteignable à moins qu’une défaillance de santé ne s’en mêle, comme ce fut le cas en cette fin d’année 2015, pour l’auteur de ces quelques lignes .

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Bonne à Nez et bonne sans thé

Bloavezh mat   Yec’hed mat

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Eur bloavezh mat a souhetan deoc’h e 2016

Tamm ebet leizh ho ti a vernoù kaoc’h !

 

J.M. MARTIN pour LPSM

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P.S.  (*)  Durant tout le Moyen Âge, le papier n’existait pas en Occident ou très peu et uniquement chez les « Sarrazins », alors les moines copistes occidentaux utilisaient du parchemin (peau d’animal grattée et longuement préparée qui coûtait très cher ; le moindre trou rendant la peau inutilisable)  ; seules les commandes de gens fortunés, les Seigneurs et les évêques appartenant tous à la noblesse pouvaient se permettre de les faire exécuter  .

En France, la technique de la pâte à bois, qui va donner le papier, n’apparaîtra qu’au début du XIV ème siècle après avoir été transmise à tout le Maghreb (le levant par opposition au Machrek, le couchant)  si bien qu’en 1184, à Fès, au Maroc, on pouvait compter à peu près 400 moulins à papier .   L’Espagne, qui sera le premier pays d’occident colonisé par les sunnites omeyyades, puis la Sicile et l’Italie adopteront petit à petit cette technique pour aboutir a un beaucoup plus grand usage après 1440 où l’imprimerie naissante verra le jour en Allemagne .

             (*) Avec l’aimable concours discret et gracieux de l’enseigne Darty .

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XIII éme siècle – reconquête n°1

Posté par LPBSM le 17 mai 2015

Bonjour,

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Nous allons maintenant aborder le XIII ème siècle avec l’aboutissement du petit grain semé par Gerbert d’Aurillac (le pape Sylvestre II ; c.f.(*1)  (http://lepetitsaintmartin.unblog.fr/2011/08/05/article-intermediaire-sur-lan-mil/) qui aménera Philippe II dit Auguste à reconnaître et à soutenir l’université de Paris car elle assurait la formation de tous les clercs, c’est-à-dire de tous les cadres et agents administratifs des institutions royales (conseil d’État, parlements, tribunaux, cours des comptes, impôts, etc…) et ecclésiastiques (enseignement, hôpitaux, libraires, recherche, évêques, abbés) .

Par la suite le pape Innocent III soutiendra également l’université en 1215, mais il n’a pas hésité à jeter l’interdit sur le royaume de France lorsque Philippe II auguste fait illégalement annuler son mariage avec Ingebruge de Danemark (1193) pour épouser Agnès de Méran (ou de Méranie) le ler juin 1196 .

Voir « Innocent III et les croisades » dans l’article de http://fr.wikipedia.org/wiki/Innocent_III  

(*1)  « c.f. » =  Se reporter  à .  C’est l’abréviation de « confer« , mot emprunté au latin .

Portrait de Philippe Auguste 1165 1223 selon Louis-Félix Amiel (1802-1864).

Portrait de Philippe Auguste peint par Louis-Félix AMIEL au 19éme siècle .

Philippe II dit « Auguste » hérite d’une situation difficile à la mort de son père Louis VII de France en 1180 qui avait contribué, dans un premier temps, au prestige de la lignée capétienne en participant à la deuxième croisade et en épousant Aliénor d’Aquitaine qui lui apporte la suzeraineté sur tout le duché accroissant le royaume de France d’un tiers de territoires .

Dans un second temps, en 1152 Aliénor a 30 ans ; c’est déjà « une vieille » pour l’époque (son père était mort à l’âge de 38 ans) et Louis VII Louis VII le Jeune (dauphin de Louis VI le gros Louis VI le gros quand il épouse Aliénor en 1137) n’imagine pas qu’elle puisse se remarier à cet âge avancé .  Faute politique importante qui prouve à souhait qu’il ne connaissait pas bien le caractère persévérant de la reine (il est vrai qu’à cette époque chacun avait sa propre cour et ne se retrouvait que pour les banquets ou les cérémonies, ou pour faire des héritiers par devoir ; l’amour n’a généralement que peut d’incidence dans ces mariages d’héritages) .

carte de la France en 1154 carte des duchés en 1154

Carte de France en 1154 et carte des duchés à la même époque

En 1152 le roi de France Louis VII répudie Aliénor, duchesse d’Aquitaine et comtesse de Poitou. Henri II s’empresse de demander la main de la jeune femme. Il l’obtient aussitôt et contrôle ainsi le sud-ouest du royaume de France .  Car à cette époque, la grande Aquitaine comprend aussi la Gascogne, le Poitou, le Limousin, la Saintonge, l’Aunis et le comté d’Angoulême.

  • 6 juillet 1189: mort d’Henri II Plantagenêt. Richard succède à son père .
  • 1190: troisième croisade

Alors que l’absence de Richard s’allonge, Philippe Auguste prépare sa mainmise sur les possessions des Plantagenêts .  Il profite de la succession de Philippe d’Alsace en 1191 pour contrôler l’Artois, le Valois et le Vermandois, permettant de couper les routes entre la Normandie et les Flandres. Apprenant la nouvelle de la captivité de son adversaire, il la communique à Jean sans Terre, qui tente alors de mettre la main sur l’Empire de son frère.  En 1193, il arrive à Paris et prête hommage au roi de France en lui promettant de lui rendre le Vexin normand. De retour en Angleterre, il se proclame roi, annonçant même la mort de Richard, vite démentie. Les adversaires de Richard commencent à s’en prendre aux terres de ce dernier: le comte de Flandre commence à réunir une flotte en vue d’une invasion de l’Angleterre, Aymar d’Angoulême attaque le Poitou mais se fait prendre32. Philippe Auguste entame l’occupation du Vexin normand, prend Gisors, entre en Normandie avec Baudouin VIII de Flandre en prenant Pacy et Ivry, mais échoue devant Rouen défendu par Robert de Leicester. Aliénor et Hubert Walter empêchent Jean de mettre la main sur le pouvoir royal. Ce dernier se rend à Paris en janvier 1194, et décide de céder au roi la Haute-Normandie ainsi qu’Évreux, Verneuil et Le Vaudreuil, la Touraine, la seigneurie de Vendôme pour le compte de Louis de Blois, et la renonciation à toute suzeraineté sur le comté d’Angoulême pour le compte d’Aymar d’Angoulême. Apprenant la libération de Richard, Philippe Auguste se lance directement à la conquête des places normandes cédées par Jean33.

  • 1196 : construction de Château-Gaillard
  • 1199 : mort de Richard (coeur de Lion). Jean sans Terre succède à son frère .

Duché d'Anjou

Comté d’Anjou

Aliénor d’Aquitaine Aliènor d'Aquitaine va immédiatement épouser le Comte d’Anjou, Henri II PLANTAGENÊT après sa  …

 

Henri II Plantagenêt

 (portrait d’Henri II à la mode de France)

… répudiation car le Comte Henri II, qui est devenu depuis peu roi d’Angleterre, s’empresse de demander la main de la « jeune » femme qui a déjà deux enfants .  Il l’obtient aussitôt et contrôle ainsi le sud-ouest du royaume de France .  A cette époque, la grande Aquitaine comprend aussi la Gascogne, le Poitou, le Limousin, la Saintonge, l’Aunis et le comté d’Angoulème . 

carte des duchés et comtés en 1180 et 1223 sous Philippe Auguste

En 1180, Philippe Auguste doit donc faire face aux appétits de ses voisins de l’ouest et du nord (Armoiries empereur Othon IV.png Othon IV,
Blason Nord-Pas-De-Calais.svg Ferrand de Flandre, Blason Lorraine.svg Thiébaud de Lorraine, Armoiries Brabant.svg Henri de Brabant, Counts of Holland Arms.svg Guillaume de Hollande, Namur Arms.svg Philippe de Courtenay-Namur et Blason Geoffroy Plantagenet.svg Guillaume de Longue-Epée), sans oublier le Comte de Boulogne, Renaud de Dammartin Armoiries Dammartin.png, ancien ami d’enfance de Philippe .   Il lui faut impérativement s’assurer du soutien de la Bretagne pour se protéger de la remontée de l’Aquitaine et de l’Anjou réunies afin d’éviter d’être pris en étau sur le plan stratégique .

Même si la couronne de France est déjà prestigieuse, le roi ne contrôle directement qu’une faible partie du territoire .  Pour la plus grande partie de son royaume, son autorité est relayée par de puissants grands vassaux que le petit roi d’Ile de France n’impressionne pas .

Le plus puissant d’entre eux est le roi d’Angleterre qui, en tant que duc de Normandie, comte d’Anjou, comte du Maine et duc d’Aquitaine, contrôle la plus grande partie du pays .

En 1213, Jean sans Terre est parvenu à former une coalition contre Philippe Auguste, avec son neveu Othon IV, empereur d’Allemagne, le comte de Flandre Ferdinand de Portugal dit « Ferrand », le comte de Boulogne Renaud de Dammartin, le duc de Brabant Henri de Louvain, le duc de Lorraine, et le comte de Frise Guillaume le Velu .

Lors des fêtes de Noël, il reçoit les leaders de la coalition et leur expose son plan :

- Dans un premier temps, les Anglais débarqueraient à la Rochelle et remonteraient vers Paris, afin d’attirer le Capétien au sud.

Plan de la bataille de Bouvines 01

- Cela fait, Othon IV ( ou Othon de Brunswick) aurait le champ libre pour attaquer la capitale par le Nord .

L’armée capétienne serait ainsi prise en étau. Le plan est jugé excellent et on s’abandonne aux libations, en se partageant déjà le futur domaine conquis.

Voilà pourquoi le 17 mai 1209, Pierre de Dreux issu d’une vieille famille capétienne est armé chevalier par Philippe Auguste et dans la même année fiancé à Alix de THOUARS, qui n’a que 11 ans le 27 janvier 1213 (et qui deviendra Alix de Bretagne) avec l’acquiescement de Guy de THOUARS (? - 13 avril 1213 : Mort du baillistre du duché de Bretagne Guy de Thouars) et du Comte Alain Ier d’AVAUGOUR (1151-1212) dont elle était l’héritière .

En 1212, à la mort d’Alain Ier d’AVAUGOUR, son fils n’a que 7 ans .   Philippe Auguste décide d’imposer Pierre de DREUX âgé de 26 ans qui sera baillistre du Comté jusqu’à la majorité de son fils Jean Ier dit « Le Roux » né en 1217  .

Le mariage n’est concrétisé avec Alix qu’en fin février 1214, et dans les jours qui suivent Jean sans Terre (Jean d’Angleterre) Jean sans Terre débarque à La Rochelle .

La longue préparation politique, programmée par Philippe Auguste, quand il privilégie le benjamin des DREUX, qui n’aurait jamais pu accéder au moindre héritage ayant un aîné, est psychologiquement très habile pour s’aliéner la fidélité de la Bretagne en misant sur la mort des uns et des autres et sur sa suzeraineté .

Si j’ose dire, pour les capétiens, il était temps !

Même si le fait de spolier de sa succession Henri II d’AVAUGOUR, du Comté de Penthièvre et de celui de Tréguier, en réduisant son domaine à la seule seigneurie de Goëlo, entaînera un conflit qui durera jusqu’en 1220 avec son tuteur Conan Ier de Léon, le Comte de Bretagne sous le nom de Pierre Ier prêtera main forte à Philippe Auguste contre Jean sans terre à la bataille de La Roche aux Moines le 2 juillet 1214 et tiendra cette position permettant au Roi de France d’aller stopper l’invasion de la coalition organisée par Jean sans terre en 1213 (Richard coeur de Lion est mortellement blessé le 6 avril 1199, par une flèche reçue au siège du château de Châlus et son frère cadet lui succède) .

A l’approche de l’armée française, Jean sans Terre décide de décamper le plus vite possible .

Dans son départ précipité, il abandonne tout sur place : ses machines de guerre et la plus grosse partie de son trésor, le tout tombant aux mains des français .

Aussitôt à l’abri, le roi d’Angleterre envoie un message à l’empereur Otton IV, lui donnant le signal d’attaquer car, dit-il, l’élite de l’armée française est retenue sur les bords de la Loire …

Bataille de la Roche aux Moines miniature du XiVe siècle

Bataille de la Roche aux Moines – Miniature du XIVème siècle 

La bataille de la Roche aux Moines n’a pas de conséquences directes sur l’histoire, car elle est une bataille « préparatoire » .  Les choses qui auront des répercutions à très long terme se joueront un mois plus tard à Bouvines .  Cependant, cette bataille est très importante car c’est la manière dont elle a été menée qui détermine le rapport de force de Bouvines .

Côté anglais, on a eu ce qu’on voulait, ou du moins on croit l’avoir eu : le roi de France a apparemment donné tête baissé dans le piège et envoyé son armée loin au sud, dégarnissant sa frontière nord et laissant Paris vulnérable .

Côté français, on ne s’en tire pas si mal : avec une demie armée, on a stoppé la première invasion sans trop de mal .  On a même capturé les engins de siège anglais .  L’important dans ce dernier fait n’étant pas de les avoir, mais plutôt que les anglais ne les aient plus : sans eux, ils ne peuvent entreprendre un autre siège, leur expédition est donc bien stoppée .

Ce qui fait de cet affrontement une victoire française, ce n’est pas un siège levé, quelques engins de sièges et des coffres d’or capturés, ni même la fuite d’une armée anglaise restée somme toute intacte …  c’est la demie armée française, elle aussi intacte, présente dans le nord et capable de s’opposer à l’invasion des coalisés …  Si toute l’armée française avait été à la Roche aux Moines, Bouvines n’aurait pas eu lieu et le royaume aurait probablement été démantelé .

Pour revivre la Batailles de Bouvines en détail, cliquez sur :  http://vivre-au-moyen-age.over-blog.com/article-14313128.html

Avec l’empereur Othon IV de Brunswick Armoiries de l'empereur Otton IV et le comte Ferrand de Flandre Drapeau des flandres, qui attaquent le royaume de France en 1214 .  La bataille entre les deux armées eut lieu à Bouvines .  Vaincu, il est l’un des derniers à se rendre et refuse de se soumettre au roi  de France .   Philippe Auguste lui confisque ses terres, pour les donner à son fils Philippe Hurepel et marie celui-ci avec la fille de Renaud Mathilde de Dammartin. Renaud restera emprisonné dans la forteresse du Goulet jusqu’à sa mort en 1227 .

 

 Blason de Pierre de Dreux

Pierre Ier de Bretagne soutient Philippe II Auguste dans son combat contre l’Angleterre, et combat avec le fils du roi (futur Louis VIII) à la bataille de la Roche-aux-Moines en 1214 contre Jean sans Terre. Il fait ensuite partie du corps expéditionnaire français qui débarque en Angleterre en 1216 pour aider les barons anglais contre leur roi. Malgré l’échec du prince Louis de France à s’emparer de la couronne, Pierre Ier de Bretagne entre en contact avec l’entourage du fils de Jean sans Terre, le futur Henri III, au sujet de la restitution de l’Honneur de Richmond, qu’il reçoit en 1218. Pierre Ier de Bretagne participe ensuite en 1219 à la prise de Marmande et au siège de Toulouse durant la croisade des Albigeois .

Après la mort d’Alix de Thouars (le 21 octobre 1221), Pierre Ier de Bretagne demeure régent (baillistre) du duché de Bretagne, au nom de son fils, le futur Jean Ier de Bretagne (1217-1286). De retour en Bretagne, il réprime en 1222 une révolte des barons bretons lors de la bataille de Châteaubriant (3 mars 12222)  et récupère le fief de Ploërmel sur Amaury Ier de Craon (1170-1226), l’héritier de son frère Maurice III de Craon (1165-1207)10. En 1223-1225, Pierre Ier de Bretagne fait édifier un château-fort et une nouvelle agglomération qu’il dénomme Saint-Aubin-du Cormier, afin de tenir en respect les deux plus puissantes seigneuries du comté de Rennes, Vitré et Fougères .

 

Pour savoir qui a géré la ville de Rennes durant la gestion du comté de Bretagne par Pierre Ier, je vous donne déjà un indice de délégation à des sénéchaux dont les noms seront produits dans un article suivant .

A suivre …

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J.M. MARTIN pour LPSM

 

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P.S. :

Comme vous avez pu le constater, j’ai largement fait référence à « Wikipédia » dans cet article bien différencié de ma « police scripturale » .

Pour la Bataille de Bouvines du 27 juillet 1214 :

http://vivre-au-moyen-age.over-blog.com/article-14313128.html

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Une Vision du XIIIème siècle à Rennes … à venir

Posté par LPBSM le 31 décembre 2014

Chers lectrices et chers lecteurs, bonsoir,

 

8441234470806833torch04-gif-gif         adoubement scène d'adoubement - on ceint l'épée aux jeunes chevaliers     8441234470806833torch04-gif-gif

scène d’adoubement – on ceint l’épée aux jeunes chevaliers

Les documents s’accumulent doucement et le prochain article devrait voir le jour en 2015  18365303tgc-medieval-16-gif.  Qu’on se le dise .

Je souhaite à toutes et à tous une meilleure année 2015 qu’icelle de 2014 .

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smedieval.23456.gif                      bonne-annee_052              smedieval.23455.gif

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smedieval.23453.gif.

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J.M. MARTIN pour LPSM

 

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Suscinio… l’historique

Posté par LPBSM le 26 juillet 2014

Bonjour,

cadeau 08

 

Avant d’aborder définitivement le XIIIème siècle sur la Bretagne, il faut que vous compreniez l’importance qu’a joué Aliénor d’Aquitaine dans cette histoire .

Son quatrième fils (fils reconnu) http://fr.wikipedia.org/wiki/Geoffroy_II_de_Bretagne,  Geoffroy II de Bretagne mort bêtement à cause de ses addictions aux joutes à la cour du roi de France, a produit un véritable séisme politique, car Richard Ier, son frère aîné, en devenant roi d’Angleterre au retour de la croisade, ira jusqu’à faire enlever sa propre épouse, la duchesse Constance de Bretagne, (remariée de force après sa mort à Ranulph de Blondeville comte de Chester et vicomte d’Avranches) par son second mari   .

La vision politique d’Aliènor d’Aquitaine ne suffira pas pour que son troisième fils, Richard Coeur de Lion (le fils préféré), ne soit pas obligé de partir en croisade pour expier son forfait de « bougrerie » (homosexualité de l’époque) .  Nous allons être obligé de raconter la couardise du cinqième de ses fils, le petit dernier, le fils à maman, Jean sans Terre, car il va déguerpir devant la pression exercée par Pierre Ier (duc de Bretagne) marié à Alix de Bretagne, duchesse reconnue par les barons bretons, après la mise sous tutelle de son aînée, l’assassinat de son petit frère Arthur, et la mort de sa mère Constance de Bretagne (en septembre 1201, fille de Conan IV de Bretagne) et qui tiendra tête à Richard en demandant au pape de casser son mariage avec son second époux Ranulph .  Le fait qu’elle puisse se remarier en troisième noce en 1199, à un âge avancé pour l’époque, ne sera pas une réponse à celui qui l’avait fait enlever car il va mourir bêtement le 6 avril 1199 à cause d’un carreau d’arbalète tiré par un défenseur du château de Châlus Chabrol qu’il assiégeait (je dirais même que c’est un peu « fort » ….!) .  En revanche, cela aura des incidences sur la façon dont le duché de Bretagne passera d’une dominance anglaise (nous devrions dire Angevo-anglaise) à une fidélité fluctuante à la dominance capétienne qui va s’imposer durant les siècles à venir .

Cela vous prépare doucement à l’article définitif sur le XIIIème siècle .

Vous comprendrez aisément que l’article sur Suscinio n’était pas un pis-aller mais tenait à vous faire mieux comprendre l’importance de cette forteresse dans le contexte de l’époque conçue et construite par Pierre Ier de Bretagne .  

Cet article n’est qu’un intermezzo et doit être considéré comme tel .

cadeau 07

Mais la période des cadeaux pose juste un petit problème historique ; celui de la sabine Tarpéia  (http://fr.wikipedia.org/wiki/Roche_Tarp%C3%A9ienne) qui prouve qu’il faut savoir se méfier des trop beaux cadeaux .

cadeau 02

J.M. MARTIN pour LPSM

 

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Le XIIIème siècle en vacances …

Posté par LPBSM le 16 juillet 2014

Bonjour,

 

Beaucoup d’entre vous sont en vacances et le brouillon sur le XIIIème siècle tarde à être mis en forme .

Aussi, je pense que ce petit aperçu du château de Suscinio va vous permettre de joindre l’utile à l’agréable en le visitant, grandeur nature (mais toujours en restauration tellement la tâche est colossale), pendant vos vacances, tout en sachant que c’est Pierre Ier de Bretagne (le premier Duc capétien de Bretagne, 1213-1237) qui fit construire ce château pour, en premier lieu, donner à sa famille des conditions de vie plus confortables que celles que pouvaient offrir ses forteresses à vocation militaire .

 IMAG0554carte du Morbihan 07 vue d'ensemble 01

Sur cette première version du château, sur la première image ci-dessus, le corps de logis se trouve sur la face nord avec vue sur la lagune et en arrière plan l’océan .  Cette partie est presque malheureusement entièrement détruite aujourd’hui .

 

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L’état du château et du logis nord récupéré sur la photo de droite et la restauration extérieure sur la photo de gauche .

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Cet ancien logis est détruit et a été remplacé par un chemin de ronde (photos prises en juillet 2014) .

 

 

carte du Morbihan 05 IMGP8873

Construit sur la péninsule de Rhuys, près de Vannes, il servira, en second lieu, de siège au gouvernement ducal de Pierre Ier de Dreux, dès 1218, et deviendra l’une de ses résidences favorites ainsi que celle des ducs de Bretagne suivants .

Ce lieu avait été bien choisi car on ne pouvait atteindre la péninsule qu’en passant par les terres de l’évêque de Vannes qui était totalement dévoué à Pierre ; et, au cas où un ennemi arriverait à franchir les différents murs, garnis de tours et de guetteurs, entourant ce vaste domaine, on pouvait quand même s’enfuir par la mer .

VannesRennes - Vannes biscarte du Morbihan 06

Routes de Rennes ou de Nantes menant à Suscinio

Accès au château de Suscinio

Le château de Suscinio se situe sur la presqu’île de Rhuys, dans le Morbihan .  Il est à 25 km de Vannes, à environ 1h de Rennes et de Nantes .
Quitter la Route Nationale 165 et prendre la direction Sarzeau / Presqu’île de Rhuys, puis Château de Suscinio .

Visite : ouvert de fév. à mars de 10h à 12h et de 14h à 18h, fermé le mercredi. D’avril à sept. de 10h à 19h, en oct. de 10h à 12h et de 14h à 18h fermé le mercredi et de nov. à janv. de 10h à 12h et 14h à 17h fermé le mercredi.

Route du Duc Jean V, 56370 Sarzeau

02 97 41 91 91 ou par courriel : suscinio@saur.fr

 plan de Suscinio

Accessibilité au château de Suscinio

 

• Parking gratuit à 150 m du château .
• Le château comportant de nombreuses marches et seuils, les salles sont malheureusement inaccessibles aux personnes en fauteuil roulant .
• L’accès au site est interdit aux animaux domestiques, excepté aux chiens guides et chiens d’assistance .
• Pour votre confort, de nombreux sièges sont disponibles tout le long du circuit de visite .
• A proximité de l’océan, au pied du château, les visiteurs disposent d’une aire de pique-nique ombragée et aménagée, avec tables, bancs et poubelles .

Tarifs 2014 du château

Individuels
Plein tarif 7,50€
Tarif réduit 6,50€
Enfant de 8 à 17 ans 2,50€
Enfant de moins de 8 ans Gratuit

Tarif famille
(2 adultes et tous les enfants mineurs) 16€

L’acquisition, depuis 1965, par le département du Morbihan des ruines du château, puis la restauration votée depuis plus de 30 ans par le conseil général du Morbihan est une réelle réussite .

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Ci-dessus, sur les trois images, le logis Est est presque entièrement restauré (dernières photo juillet 2014)

 

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Le logis Ouest est en cours de restauration

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L’intérieur du logis Ouest .  La majorité des planchers ne sont pas encore restaurés .

vue d'ensemble 03

Sur la photo aérienne, ci-dessus, le logis Est se trouve derrière les deux tours encadrant le pont et le logis Ouest en haut de l’image .

plan du logis Est

 

Mais revenons un peu à l’Histoire ; le fait du choix de la situation de Suscinio ne tient pas uniquement au meilleur confort ou à la bonne sécurité, mais également aux divers conflits que Pierre Ier aura avec les divers évêques de Nantes et leurs prérogatives qu’il ne cessera d’attaquer tout au long de son règne .

Il ira même à la mort d’Etienne de la Bruyère (1213 au 8 février 1227), évêque de Nantes, jusqu’à piller le diocèse, s’attribuant les dîmes, vidant les pêcheries de leurs poissons et abattant les arbres des forêts pour montrer de la façon la plus brutale qu’il est désormais le maître .

Lorsque le clergé écrit à Rome pour se plaindre au pape Grégoire IX, il fait enlever les portes et les fenêtres de la maison de l’évêque, la rendant inhabitable, et il confisque tous les biens et les terres des vassaux de l’évêque .

Il n’est donc pas étonnant qu’il fut affublé du surnom de Pierre « Mauclerc » (mauvais clerc) mais aucun des chroniqueurs de l’époque (Guillaume de Nangis et Joinville) n’utilisent ce surnom ;  Il est fort vraisemblable qu’il lui fut attribué après sa mort car même vieillissant, il était toujours craint .

IMGP8887

Je regrette seulement quelques inexactitudes dans l’affichage au château, où le fils de Pierre Ier, Jean Ier le Roux, est mentionné comme unique constructeur du château .

La raison en est que Pierre de Dreux avait épousé Alix de Bretagne (duchesse de Bretagne) et que, quand celle-ci meurt, jeune, Pierre devient « bailliste » jusqu’à la majorité de son fils Jean Ier Le Roux (fin 1237) .  Il ne pourra plus prétendre, alors, au titre de Duc de Bretagne et se croisera (cela signifiant qu’il s’engagera dans une croisade) et en 1240, il se trouve en Palestine pour une énième reconquête de Jérusalem .  Cela lui vaudra beaucoup d’indulgence du pape qui avec beaucoup d’humour nommera Robert de Saintes, le nouvel évêque de Nantes, « patriarche de Jérusalem » .

Voici le blason du chapitre de Nantes :  blason du chapitre de Nantes  .  Ceci en dit long sur les envies de domination des deux adversaires .

Juste quelques vues des parties restaurées pour vous donner envie d’y aller :

IMGP8881IMGP8884 pont d'accès 01

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 Terminons sur le cordon dunaire du secteur de Penvins, dunes très fragiles, qui protège le marais de l’océan . 

marais de Suscinio

 

C’est aujourd’hui un milieu naturel par opposition à l’étang artificiel creusé au bas du château :

vue d'ensemble 02

Il ne me reste plus qu’à vous souhaiter de bonnes vacances et une bonne visite .

Historiquement vôtre,

J.M. MARTIN pour LPSM

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